Torah Ohr · Parshas Mikeitz · Maamar 3
ענין חנוכה
Le sujet de Hanouka
L’idée centrale
L’amour de D.ieu a deux sources, toutes deux d’en haut : le pouvoir de l’allumer tout d’abord (« lorsqu’Aaron allume ») et l’amour supplémentaire qui l’accroît au-delà de toute mesure humaine (« lorsqu’il entretient »). L’homme atteint l’un et l’autre par les mitsvot qui, comme l’huile d’une lampe, sont obscures pour l’intellect, mais attirent D.ieu Lui-même.
Le maamar en bref
Hanouka est marquée par des lumières, et non par un festin, car le décret grec visait la Torah, et non les corps des Juifs ; et le verset qualifie la mitsva de lampe et la Torah de lumière. La mitsva est semblable à l’huile : elle ne possède pas de lumière propre, et pourtant c’est d’elle que provient la lumière de la 'Hokhma, la Torah orale. L’Alter Rebbe demande ensuite pourquoi l’allumage matinal de la Menora est appelé « entretenir » et son allumage vespéral « allumer ». La Menora est l’âme collective d’Israël, et ses sept lampes sont les sept bergers, parmi lesquels Aaron, qui allume l’amour de D.ieu en Israël. L’homme peut éveiller cet amour en méditant sur la royauté de D.ieu sur d’innombrables mondes ; pourtant, toute cette royauté n’est que le « Nom » de D.ieu et Son humilité, tandis que D.ieu, l’Un singulier, est au-delà des mondes. En prenant conscience de cela, l’âme aspire à quitter les mondes et à s’attacher à Lui. Même cette aspiration est un don de D.ieu, « l’allumage », accordé à une âme obscure comme le soir ; l’amour venant d’en haut qui l’accroît est « l’entretien », la qualité matinale de la bonté d’Abraham. Tous deux viennent par les mitsvot, les membres du Roi : en saisissant l’un d’eux, on attire le Roi Lui-même.
Plan
- Pourquoi Hanouka est célébrée par des lumièresLe décret grec visait la Torah, et non les corps ; la commémoration est donc « une mitsva est une lampe et la Torah, une lumière ». Quelle est alors la « voie de la vie » ?¶1
- La mitsva comparée à l’huile ; les deux allumages de la MenoraLa mitsva, comme l’huile, est obscure en elle-même, mais nourrit la lumière de la sagesse de la Torah. Pourquoi l’allumage du matin est-il appelé « entretenir » et celui du soir « allumer » ? La Menora est l’âme d’Israël.¶2
- Aaron et l’amour venant d’en hautAaron, l’un des sept bergers, allume l’amour d’Israël ; sans l’aide de D.ieu, aucun être humain ne pourrait L’aimer. Le « feu ordinaire » est l’amour qu’on acquiert en méditant sur la royauté de D.ieu.¶3–4
- Un et unique : la royauté comme humilité« Un » désigne D.ieu dans Sa relation avec les mondes ; « unique » désigne D.ieu au-delà des mondes. La force vitale, la royauté et la louange ne se rapportent qu’à Son Nom, et Sa grandeur au-dessus des mondes est Son humilité.¶5–8
- Allumer, entretenir et les mitsvotL’âme aspire à dépasser les mondes ; D.ieu lui donne le pouvoir d’aimer (l’allumage) et accroît cet amour (l’entretien). L’un et l’autre s’obtiennent par les mitsvot, les membres du Roi.¶9
Notions clés
- Une mitsva est une lampeנר מצוה
- La mitsva est comparée à l’huile d’une lampe : elle ne possède pas de lumière propre que l’intellect puisse saisir, et pourtant la lumière de la Torah en provient.
- Entretenir et allumerבהטיבו ובהעלות
- Les deux verbes désignant les allumages matinal et vespéral de la Menora : allumer, c’est le don de D.ieu qui accorde le pouvoir même d’aimer ; entretenir, c’est l’amour supplémentaire venant d’en haut qui l’accroît.
- Le compagnon de la Matronitaשושבינא דמטרוניתא
- Le titre qu’attribue le Zohar à Aaron, qui prépare la Communauté d’Israël à s’unir à D.ieu en allumant son amour.
- Un et uniqueאחד ויחיד
- « Un » désigne l’unité de D.ieu, devant Qui les mondes sont annulés ; « unique » désigne D.ieu tel qu’Il est en Lui-même, au-delà de tout rapport avec les mondes.
- Le feu ordinaireאש של הדיוט
- L’amour qu’une personne suscite elle-même en méditant sur la royauté de D.ieu, comme le feu que les prêtres apportaient sur l’autel aux côtés du feu venu du ciel.
- Les membres du Roiרמ״ח אברין דמלכא
- Les 248 commandements positifs ; en saisissant l’un d’eux, on attire D.ieu Lui-même auprès de soi, tout comme saisir un membre du roi, c’est saisir le roi.
Pourquoi Hanouka est célébrée par des lumières ¶1
1ענין חנוכה.1 הנה קבעו הנס בנרות.2 משא״כ בשאר נסים בפסח ביציאת מצרים תאכלו מצות3 בפורים ימי משתה ושמחה4 כנגד הגלות שהיה ג״כ גופני במצרים בחומר ובלבנים5 ובימי המן בקש להשמיד כו׳ ושללם לבוז6
Le sujet de Hanoucca. Or, [les Sages] instituèrent [la commémoration du] miracle par des lumières. Il n’en va pas ainsi pour les autres miracles : à Pessa’h, [pour commémorer] la sortie d’Égypte, « vous mangerez des matsot » ; à Pourim, « des jours de festin et de joie » — en correspondance avec l’exil, qui fut lui aussi physique : en Égypte, « avec du mortier et des briques » ; et, du temps de Haman, celui-ci chercha « à détruire… » et « à prendre leur butin en pillage ».
Le maamar commence par relever que chaque fête commémore son miracle d’une manière appropriée. Pessa’h et Pourim sont marqués par des repas et des festins, car ces exils menaçaient le corps des Juifs : l’esclavage en Égypte, et le décret de Haman visant à les détruire et à piller leurs biens.
משא״כ בחנוכה7 שהיו ישראל שרוים על אדמתם ולא גלו מארצם רק גלות התורה8 להשכיחם תורתך ולהעבירם חוקי רצונך לפיכך קבעו בנרות על שם הפסוק (משלי ו) כי נר מצוה ותורה אור9 ודרך10 חיים תוכחות מוסר.
Il n’en va pas ainsi pour Hanoucca : Israël résidait sur sa propre terre et n’avait pas été exilé de son pays ; il n’y eut qu’un exil de la Torah, « pour leur faire oublier Ta Torah et leur faire transgresser les statuts de Ta volonté ». C’est pourquoi [les Sages] instituèrent [la commémoration] par des lumières, en référence au verset (Proverbes 6) : « Car une mitsva est une lampe et la Torah est lumière, et les réprimandes de la discipline sont le chemin de la vie. »
Les décrets grecs ne chassèrent pas Israël de sa terre et ne menacèrent pas son corps ; ils visaient la Torah, afin de faire oublier celle-ci aux Juifs et de les amener à abandonner ses lois. Le salut est donc marqué par des lumières, puisque le verset des Proverbes appelle la mitsva une lampe et la Torah une lumière.
ולהבין ענין פסוק זה וגם סיפא דקרא דכתיב ודרך חיים וגו׳. צריך ביאור איזה דרך חיים הוא מלבד התורה והמצות האמורה למעלה בפסוק.
Et [il faut] comprendre le sens de ce verset, ainsi que la fin du verset, où il est écrit : « et le chemin de la vie… ». Cela demande une explication : quel est ce « chemin de la vie », en plus de la Torah et des mitsvot mentionnées plus haut dans le verset ?
L’Alter Rebbe soulève une question sur la suite du verset. Si la lampe représente la mitsva et la lumière la Torah, quel autre « chemin de la vie » le verset ajoute-t-il ?
Ce paragraphe explique pourquoi Hanoucca est célébrée par des lumières plutôt que par un repas : l’oppression grecque était spirituelle et visait la Torah et les mitsvot, que le verset appelle la lampe et la lumière. Il demande ensuite ce que signifie le « chemin de la vie » ajouté par le verset.
La note de Kehot cite l’observation du Rabbi selon laquelle Hanoucca comporta aussi la victoire militaire, les « forts livrés aux mains des faibles » ; il conclut que la guerre elle-même portait sur les lumières, la lampe de l’âme et la lampe de la mitsva.
Maré mekomot
- 1ענין חנוכה · ראה לעיל בציונים לכ״ק אדמו״ר זי״ע. בכמה כת״י מצוין ”שבת חנוכה תק״ס”. ראה ברשימת המאמרים שבסו״ס מאמרי אדה״ז הקצרים ע׳ תרכד הערה 159. לכללות המאמר ראה אוה״ת בראשית כרך ז ע׳ תתתא, ב ואילך. נ״ך כרך א ע׳ תקעו.
- 2קבעו הנס בנרות · והרי בחנוכה הי׳ גם הנס דמסרת גבורים ביד חלשים כו׳ ובלעדו א״א נס הנרות (אבל גם לולא נס הנרות — הי׳ נגאלים מגלות יון ע״י הנס דמסרת) — ועכצ״ל שגם המלחמה היתה בענין הנרות (נר הנשמה ונר המצוה). — (ממכתב כ״ק אדמו״ר זי״ע ימי החנוכה תשל״א) לקו״ש ח״ה ע׳ 445. ראה אוה״ת בראשית כרך ה תתקסו, ב. ובכרך ז תתקס, א בהקושיא למה קבעו בנרות הלל והודאה ולא במשתה ושמחה כמו ביו״ט. וראה שם תתתמ, ב. ובד״ה מאי חנוכה תשמ״ז. דהרי עיקר הנס הוא נצחון המלחמה וכנוסח תפלת על הנסים ובפרט לפי הנוסח ”ועל המלחמות”. ראה פלח הרמון בראשית ק, א. בלקו״ת קרח נד, ד מציין לד״ה זה בענין שמעשה המצות נק׳ נר מצוה.
- 3תאכלו מצות · Exodus 12:18
- 4
- 5בחומר ובלבנים · Exodus 1:14
- 6ושללם לבוז · Esther 8:11
- 7שו״ה להשמיד — משא״כ בחנוכה · בבוך 167 נוסף: בגלות יוון.
- 8שו״ה אדמתם — התורה · בבוך 167 הנ״ל נוסף: שרצו.
- 9לפיכך קבעו בנרות על שם הפסוק . . כי נר מצוה ותורה אור · Shabbat 23b
- 10
La mitsva comparée à l’huile ; les deux allumages de la Menora ¶2
2והענין כי מה שהמשיל המצוה לנר1 והתורה לאור הוא מובן שכמו שהנר נקרא על שם השמן2 כלשון רז״ל נר של שמן נר של שעוה.
Voici l’explication. Que [le verset] compare la mitsva à une lampe et la Torah à une lumière se comprend ainsi : de même que la lampe est nommée d’après l’huile, comme dans le langage de nos Sages, de mémoire bénie : « une lampe à huile, une lampe de cire »,
Le verset compare la mitsva à une lampe, et l’Alter Rebbe explique pourquoi. Dans le langage des Sages, la lampe est nommée d’après son combustible (« une lampe à huile, une lampe de cire ») ; le mot « lampe » désigne donc le combustible.
הנה אע״פ שהשמן אין בו אור מצד עצמו ואדרבה הוא מכבה את אור הנופל לתוכו מ״מ ממנו
alors, bien que l’huile n’ait pas de lumière par elle-même et qu’au contraire elle éteigne une lumière qui tombe en elle, néanmoins, c’est d’elle
L’huile ne produit aucune lumière par elle-même ; si on la verse sur une flamme, elle l’éteint. Pourtant, la lumière dépend d’elle.
ועל ידו נמשך להב שלהבת האור הנאחז בפתילה במעט שמן הנמשך אחר הפתילה שהרי בכלות השמן נכבה האור.
que provient et par laquelle est attirée la flamme lumineuse qui s’attache à la mèche, grâce à la petite quantité d’huile qui monte le long de celle-ci ; car, lorsque l’huile vient à manquer, la lumière s’éteint.
La flamme s’attache à la mèche et brûle la petite quantité d’huile qui y monte. Quand l’huile est épuisée, la flamme s’éteint, ce qui montre que la lumière vient de l’huile.
ככה ממש היא המצוה הגם שהוא רצון המלך בלי שום טעם ודעת ואין בה שום השגה מ״מ ממנה
Il en va exactement ainsi de la mitsva : bien qu’elle soit la volonté du Roi, sans aucune raison ni compréhension, et qu’il n’y ait en elle aucune saisie intellectuelle, néanmoins, c’est d’elle
La mitsva est comme l’huile. Elle est la volonté du Roi et, en elle-même, ne comporte aucune raison que l’intellect puisse saisir.
ועל ידה נמשך ונתגלה אור החכמה זו תורה שבע״פ דאורייתא מחכמה נפקת3 והחכמה והבנה בתורה שבעל פה הוא רק
que provient et par laquelle est attirée et révélée la lumière de 'Hokhma. C’est la Torah orale, car « la Torah procède de 'Hokhma » ; et la 'Hokhma ainsi que la compréhension dans la Torah orale ont seulement pour but
Pourtant, c’est de la mitsva que se déploie la lumière de 'Hokhma, la sagesse de la Torah orale. Le Zohar dit que la Torah procède de 'Hokhma, et toute la fonction de la sagesse de la Torah orale est d’expliquer les mitsvot.
להבין ולהשיג פי׳ וטעם המצות כל מסכת לפי ענינה. וביאור ענין זה דרך פרט בעבודת ה׳.
de comprendre et de saisir l’explication et la raison des mitsvot, chaque traité selon son sujet. Et [voici] l’explication de cette idée en détail, dans le service de D.ieu.
Chaque traité du Talmud explique les mitsvot liées à son sujet ; telle est la « lumière » qui se déploie à partir de la « lampe ». L’Alter Rebbe va maintenant montrer comment cela se traduit dans le service de D.ieu.
הנה כתיב (שמות ל) בבקר בבקר בהטיבו את הנרות יקטירנה4 ובהעלות5 אהרן את הנרות בין הערבים יקטירנה6. ולהבין למה גבי בבוקר כתיב בהטיבו7 ובבין הערבים בהעלות.
Or, il est écrit (Exode 30) : « Chaque matin, lorsqu’il entretient (be-heitivo) les lampes, il fera brûler l’encens ; et lorsqu’Aharon allume (be-haalos) les lampes au crépuscule, il fera brûler l’encens. » Il faut comprendre pourquoi, pour le matin, il est écrit « lorsqu’il entretient », et, pour le crépuscule, « lorsqu’il allume ».
Dans le commandement de la Torah concernant l’encens, l’allumage du matin est désigné par le terme hetavah, « entretenir » ou « rendre bon », et celui du soir par haalaah, « élever » ou « allumer ». La question est de savoir pourquoi les deux moments sont décrits par des verbes différents.
הנה כנסת ישראל מקור נשמות ישראל נקרא׳ בשם מנורה והיא מקשה8 שכל ישראל הם באחדות והיא מתחלקת לשבעה נרות.
Or, l’Assemblée d’Israël, source des âmes d’Israël, est appelée du nom de « Menorah ». Elle est faite d’une seule pièce martelée, car tout Israël est uni, et elle se divise en sept lampes.
L’Assemblée d’Israël, source collective de toutes les âmes juives, est la Menorah. Celle-ci était martelée à partir d’une seule pièce d’or, ce qui montre que tous les Juifs ne forment qu’une unité ; pourtant, elle se ramifie en sept lampes.
כי דרך פרט יש ששים רבוא נצוצו׳ כלליי׳ שכל ניצוץ מתחלק לששים רבוא נצוצות פרטיות כמבואר בתניא9 ודרך כלל נכללו בשבעים נפש שירדו אבותינו למצרים.10
Car, dans le détail, il y a six cent mille étincelles générales, chacune se divisant en six cent mille étincelles particulières, comme l’explique Tanya ; et, de façon générale, elles sont incluses dans les soixante-dix âmes avec lesquelles nos ancêtres descendirent en Égypte.
Les âmes se répartissent en 600 000 étincelles générales, chacune se subdivisant à son tour en 600 000 étincelles particulières. Dans une perspective plus générale, elles sont incluses dans les soixante-dix âmes de la famille de Yaakov descendues en Égypte.
Ce paragraphe développe l’image de la lampe et de la lumière : la mitsva est comme l’huile, sombre en elle-même, mais source de la lumière de la sagesse de la Torah. Il introduit ensuite la question de l’allumage matinal et vespéral de la Menorah, puis présente celle-ci comme l’âme collective d’Israël.
Plus loin dans Miketz (38b), Torah Ohr met l’accent sur un autre aspect et nomme la lampe d’après la mèche, qui relie la lumière à l’huile. Ces deux lectures maintiennent la même idée : la lumière ne peut briller sans le combustible qu’est la mitsva.
Maré mekomot
- 1מה שהמשיל המצוה לנר · ראה באוה״ת נ״ך משלי ע׳ תקעו.
- 2שהנר נקרא על שם השמן · מובא באוה״ת נ״ך כרך א ע׳ תקעו. ראה לקמן לח, ב: ענין הנר הוא שקרוי ע״ש הפתילה כי הוא עיקר הנר. — וראה ד״ה ענין חנוכה סה״מ תרמ״ג ע׳ לו שיש בנר ב׳ פי׳ ושניהם הם כוונה אחת. ע״ש.
- 3דאורייתא מחכמה נפקת · Zohar II, 121a
- 4בבקר בבקר בהטיבו את הנרות יקטירנה · Exodus 30:7
- 5שו״ה בהטיבו — ובהעלות · בבוך 167 הנ״ל: וכתיב ובהעלות.
- 6
- 7גבי בבוקר כתיב בהטיבו . . בהעלותך · Song of Songs 5:4
- 8והיא מקשה · Exodus 25:31
- 9כמבואר בתניא · פרק לז. [בבוך 167 הנ״ל: בלק״א].
- 10בשבעים נפש שירדו אבותינו למצרים · Deuteronomy 10:22
Aaron et l’amour venant d’en haut ¶3–4
3וכלל מן הכלל נק׳ בשם שבעה נרות דהנה אהרן שושבינא דמטרוניתא12 הוא אהרן כהן לאל עליון3 משבע׳ רועים45 המפרנסים ומשפיעים אלהותו ית׳ בכנסת ישראל שיאירו באור האהבה להתלהט אליו ית׳ בכלות
Et la division la plus générale de l’ensemble est appelée « les sept lampes ». Car Aharon, « le fiancé de la Matronita », est « Aharon, prêtre du D.ieu Très-Haut », l’un des sept bergers qui nourrissent et transmettent Sa divinité, béni soit-Il, à l’Assemblée d’Israël, afin qu’ils brillent de la lumière de l’amour et s’embrasent pour Lui, béni soit-Il, jusqu’à l’épuisement
Les soixante-dix âmes sont rassemblées, dans la perspective la plus générale, en sept lampes. Celles-ci correspondent aux sept « bergers » qui transmettent la divinité au peuple juif. Aharon, appelé dans le Zohar le « fiancé » qui conduit la fiancée — l’Assemblée d’Israël — auprès du Roi, est l’un d’eux. Son rôle est d’allumer dans les âmes leur amour pour D.ieu, afin qu’il s’embrase jusqu’à ce que l’âme aspire à sortir d’elle-même.
הנפש כשלהבת העולה מאליה6 ולקיים מצות ואהבת7 שמקבלים עליהם בק״ש שיהי׳ כך באמת לאמתו תקוע בלב כל אחד ואחד מישראל שהאדם מצד עצמו מאחר שהוא מגושם ומלובש בענינים גשמיים לא היה יכול לולי הקב״ה עוזרו.8
de l’âme, comme une flamme qui s’élève d’elle-même ; et d’accomplir la mitsva « Tu aimeras », qu’ils prennent sur eux dans le Chema, afin qu’elle soit véritablement ancrée dans le cœur de chacun et chacune d’Israël. Car, de lui-même, l’homme, puisqu’il est matériel et revêtu de réalités physiques, n’en serait pas capable si le Saint béni soit-Il ne l’aidait pas.
La flamme qui « s’élève d’elle-même » est le critère halakhique de l’allumage des lampes ; ici, l’expression s’applique à un amour devenu autonome. Chaque Juif accepte dans le Chema le commandement d’aimer D.ieu, mais une personne revêtue d’un corps physique ne pourrait le ressentir véritablement sans l’aide de D.ieu.
Ce paragraphe identifie les sept lampes aux sept bergers, et tout particulièrement à Aharon, dont le rôle est d’allumer l’amour de D.ieu dans les âmes d’Israël. Il ajoute qu’un tel amour dépasse les capacités propres de l’homme physique sans l’aide de D.ieu.
La lettre du Rabbi citée dans les notes examine pourquoi Aharon est compté parmi les sept bergers alors que la liste du Talmud ne le mentionne pas. Il en trouve la source dans le Zohar ‘Hadach, qui énumère Avraham, Its’hak, Yaakov, Adam, Aharon, David et Chlomo.
Maré mekomot
- 1אהרן שושבינא דמטרוניתא · Zohar I, 266b
- 2אהרן שושבינא דמטרוניתא · Zohar, Vayikra 47:334–49:342
- 3כהן לאל עליון · Genesis 14:18
- 4אהרן . . משבעה רועים · ראה בלקו״ש ח״כ ע׳ 643 המקור לזה (ממכתב ימי הסליחות ה׳תשי״ט), וז״ל: לשאלתו המקור למש״כ בתו״א (לב, ב). ובלקו״ת בהעלותך (כט, ג) דאהרן הוא מז׳ רועים, דבסוכה (נב, ב) לא נזכר. וכהנ״ל הוא בעוד מקומות בתו״א — כמצוין במפתח. והמקור ע״ז י״ל בשנים: א) בז״ח (בסופו. תיקונים קד, א): קם רע״מ על רגלוי ואמר רעיין קדישין אברהם יצחק ויעקב ואדם קדמאה ואהרן ודוד ושלמה. ועפ״ז מתורץ ג״כ: 1) בתו״א (פב, א) — דאברהם הוא הרועה הראשון ובסוכה — אדה״ר. 2) בתו״א (לג, ג) משמע דגם יצחק בכלל הרועים. ב) בזח״ב (כו, ב): הוא (ל׳ יחיד) אהרן ומשה — לאכללא דא בדא. להעיר מתענית ט, א. וי״ל דלכן בהנ״ל לא נמנה רק א׳ מהם — העיקרי באותו ענין. וק״ל. והנה עוד יש להקשות בזה, והוא העיקר. בתו״א ולקו״ת מפרש ענין הז״ר שמשפיעים אלקות לכנס״י כו׳ ואינו מובן כלל מה ענין שת ומתושלח בזה? והנה הצ״צ עה״פ במיכה (ה, ד) מדייק דשני פי׳ בתיבת והקימונו: א) על אשור. ב) על בנ״י (כפי׳ התרגום) — ובדרך ממילא ינוצח אשור. ועפ״ז נ״ל ליישב כהנ״ל — דבסוכה הוא לפי פי׳ הא׳. ובז״ח ע״פ פי׳ הב׳. ולולא דמסתפינא הייתי אומר לבדוק בדפוסים הראשונים של הז״ח אולי צ״ל במקום אדה״ר — יוסף. וע״ד האושפיזין דחה״ס. אבל עומד לנגד ביאור זה מה שבתו״א (לג, ד) ובסהמ״צ להצ״צ מצות חנוכה מעתיק מסוכה הנ״ל ומפרש ענין הרועים כנ״ל. אבל יעוין שם שמביא מהז״ר רק אברהם יעקב ומשה. ועצ״ע. ואכ״מ.
- 5משבע׳ רועים · Sukkah 52b:13
- 6כשלהבת העולה מאליה · Shabbat 21a:9
- 7ואהבת · Deuteronomy 6:5
- 8לולי הקב״ה עוזרו · Kiddushin 30b
4והעזר הוא אהבה הבאה מלמעלה להמשיכו אליו. וזהו בחי׳ בהעלות ובהטיבו. כי הנה אמרו רז״ל אע״פ שהאש יורד מן1 השמי׳ מצוה להביא מן ההדיוט.2
Et cette aide consiste en un amour qui vient d’en haut pour l’attirer vers Lui. C’est le niveau de « lorsqu’il allume » et de « lorsqu’il entretient ». Car nos Sages, de mémoire bénie, ont dit : « Bien que le feu descende du ciel, c’est une mitsva d’apporter [du feu] d’une source ordinaire. »
L’aide de D.ieu se manifeste sous la forme d’un amour envoyé d’en haut, qui attire l’homme vers Lui ; c’est à cela que renvoient les deux verbes, « allumer » et « entretenir ». Les Sages enseignent que, bien qu’un feu descendu du ciel se trouvât sur l’autel, il y avait également une mitsva d’apporter un feu ordinaire.
פי׳ הדיוט3 הוא האהבה שאדם לוקח מחמת העולמות מבחי׳ מלכותו ית׳ שהוא מלך גדול ונורא
Explication : le feu « ordinaire » est l’amour qu’une personne acquiert à partir des mondes, du niveau de Sa souveraineté, béni soit-Il : Il est un Roi grand et redoutable
Le feu « ordinaire » représente l’amour qu’une personne produit elle-même en méditant sur la souveraineté de D.ieu sur les mondes. Il est le grand Roi redoutable qui les gouverne tous.
על כל העולמות עליונים ותחתונים וכל צבא השמים4 לך משתחוים ואלף אלפין ורבו רבבן קדמוהי5 כו׳ כמבואר בגמרא6 ובזוהר בביאור ענין רבוי העולמות וגדולתו.
sur tous les mondes, supérieurs et inférieurs, et « toute l’armée des cieux se prosterne devant Toi », ainsi que « mille milliers [Le servent] et dix mille fois dix mille [se tiennent] devant Lui… », comme l’expliquent la Guemara et le Zohar en détaillant la multitude des mondes et Sa grandeur.
La méditation sur l’immense multitude des mondes et des armées qui se prosternent devant D.ieu, telle que la décrivent le Talmud et le Zohar, conduit l’homme à L’aimer. C’est un amour qu’il peut atteindre par ses propres efforts.
Ce paragraphe distingue deux formes d’amour, à l’image des deux feux de l’autel : l’amour venu d’en haut, don de D.ieu, et l’amour « ordinaire » qu’une personne développe en méditant sur la royauté de D.ieu sur les innombrables mondes.
Le feu céleste et le feu apporté par le prêtre correspondent à un éveil d’en haut et à un éveil d’en bas. Likkutei Torah sur Chemini Atseret renvoie à ce passage pour définir le feu « ordinaire ».
Maré mekomot
- 1אע״פ שהאש יורד מן השמים מצוה להביא מן ההדיוט · Eruvin 63a:15
- 2אע״פ שהאש יורד מן השמי׳ מצוה להביא מן ההדיוט · Mishneh Torah, Daily Offerings and Additional Offerings 2:1
- 3פי׳ הדיוט · בבוך 167 ליתא תי׳ ”הדיוט”.
- 4צבא השמים · Nehemiah 9:6
- 5ואלף אלפין ורבו רבבן קדמוהי · Daniel 7:10
- 6כמבואר בגמרא · Chagigah 12a
Un et unique : la royauté comme humilité ¶5–8
5וע״ד זה תקנו חז״ל לומר בשכמל״ו12 לפני ואהבת. כי הנה אנו אומרים יחיד חי העולמים3 מלך משובח ומפואר עדי עד שמו הגדול כו׳. פי׳ יחיד הוא למעלה מבחי׳ אחד.
Dans cette même ligne, nos Sages, de mémoire bénie, instituèrent de dire « Béni soit le nom de la gloire de Son royaume à jamais » avant « Tu aimeras ». Car nous disons : « Unique, vie des mondes, Roi, loué et glorifié à jamais est Son grand Nom… ». Explication : « Unique » (Ya’hid) est au-dessus du niveau de « Un » (E’had).
Les Sages instituèrent de dire à voix basse « Béni soit le nom de la gloire de Son royaume » avant « Tu aimeras » pour la même raison : susciter l’amour par la méditation sur la royauté de D.ieu. La prière du matin appelle D.ieu « Unique » (Ya’hid), ce qui est supérieur à « Un » (E’had).
כי אחד היינו כמאמר רז״ל שהוא אחד בשמים ובארץ4 ובד׳ רוחות העולם כי כל העולמות עליוני׳ אינם תופסים מקום להיות יש ודבר נפרד בפני עצמם וכולא קמי׳ כלא וכאין נגדו חשיבי ממש ואין עוד מלבדו.5
Car « Un » signifie, selon l’enseignement de nos Sages, de mémoire bénie, qu’Il est un dans les cieux, sur la terre et dans les quatre directions du monde ; tous les mondes supérieurs n’occupent aucune place [qui leur soit propre] en tant qu’entités et réalités séparées, et « tout est devant Lui comme rien » ; ils sont véritablement considérés comme néant devant Lui, et il n’est rien d’autre que Lui.
« Un » signifie que D.ieu est un dans les cieux, sur la terre et dans les quatre directions : les mondes existent, mais ils ne sont rien devant Lui et ne possèdent aucune existence propre. C’est l’unité de D.ieu telle qu’elle se rapporte à la création.
לכן נקרא אחד והיינו כשמעריכין אותו נגד העולמות. אבל יחיד פי׳ הוא יחיד ומיוחד בפני עצמו והוא לבדו הוא ואינו בגדר העולמות כלל.
C’est pourquoi Il est appelé « Un » : cela signifie qu’on Le considère par rapport aux mondes. Mais « Unique » signifie qu’Il est seul et singulier en Lui-même, qu’Il est Lui seul, et qu’Il n’entre absolument pas dans la catégorie des mondes.
« Un » décrit encore D.ieu dans Sa relation aux mondes. « Unique » Le décrit tel qu’Il est en Lui-même, au-delà de toute relation aux mondes.
Ce paragraphe relie la bénédiction « Béni soit le nom… » à l’amour suscité par la méditation sur la royauté de D.ieu, et distingue « Un » — l’unité de D.ieu par rapport aux mondes — de « Unique », D.ieu tel qu’Il est, au-delà des mondes.
« Un » correspond à l’annulation des mondes devant D.ieu : ils existent, mais sont « comme rien ». « Unique » se situe entièrement au-delà des mondes. Le paragraphe suivant montrera que la royauté, la force vitale et la louange ne relèvent que du « Nom », et non de l’essence.
Maré mekomot
- 1תקנו חז״ל לומר בשכמל״ו · Pesachim 56a:8–9
- 2תקנו חז״ל לומר בשכמל״ו · Shulchan Arukh, Orach Chayim 61:13–14
- 3יחיד חי העולמים · ראה לקמן מ, ג.
- 4שהוא אחד בשמים ובארץ · Berakhot 13b:18
- 5ואין עוד מלבדו · Deuteronomy 4:35
6וחי העולמים מלך פי׳ שכל חיות העולמות שמחיה את כולם ומהווה את כולם עליונים ותחתונים אינו אלא בשביל שהוא מלך וכולם מקבלים חיות מבחי׳ מלכותו ית׳ בעבור היותו מלך עליהם.
Et « vie des mondes, Roi » signifie que toute la force vitale des mondes, par laquelle Il leur donne à tous la vie et les fait tous exister, supérieurs et inférieurs, n’est due qu’au fait qu’Il est Roi ; ils reçoivent tous leur force vitale du niveau de Sa souveraineté, béni soit-Il, parce qu’Il est leur Roi.
« Vie des mondes, Roi » signifie que D.ieu donne aux mondes leur vie et leur existence uniquement en tant que leur Roi. La royauté est une relation à autrui ; la force vitale de tous les mondes provient donc de la Mal’hout de D.ieu, et non de Son essence.
וכן מה שמשובח ומפואר דהיינו השבח מחמת שמשיגים גדולתו הוא עדי עד כי לגדולתו אין חקר1 ולמעלה יש שבח אחר שבח ועילוי אחר עילוי עד אין קץ ואין תכלית והכל הוא בעבור שמו הגדול
De même, le fait qu’Il soit « loué et glorifié » — c’est-à-dire que la louange provient de ce qu’ils saisissent Sa grandeur — est « à jamais », car « Sa grandeur est insondable » ; là-haut, les louanges se succèdent et les degrés d’élévation se succèdent sans fin ni limite. Tout cela a lieu en raison de « Son grand Nom ».
La louange que les créatures adressent à D.ieu, selon la mesure où elles saisissent Sa grandeur, ne prend jamais fin, car il y a toujours un niveau supérieur à saisir. Pourtant, tout cela est une louange de « Son grand Nom », et non de Lui-même.
כי להיות נקרא שמו ומלכותו עליהם בלבד הוא ואינו יכול לנגוע לבחי׳ עצמותו ומהותו כלל
Car tout cela a seulement pour but que Son Nom et Sa royauté soient invoqués sur eux ; et cela ne peut aucunement atteindre le niveau de Son essence et de Son être,
Tout cela a pour but que le Nom et la royauté de D.ieu reposent sur les mondes. Rien de cela n’atteint Son essence.
car « aucune pensée ne peut Le saisir », puisqu’Il est unique et singulier, et que « Son Nom seul est exalté », comme il est écrit : « Ton royaume est un royaume de tous les mondes. »
Aucune pensée ne peut saisir D.ieu, car Il est unique et Son Nom seul est exalté. Le verset dit donc : « Ton royaume est un royaume de tous les mondes » : Sa royauté est en relation avec les mondes, tandis que Lui-même les transcende.
Ce paragraphe explique la suite des mots de la prière : la vie des mondes et toutes leurs louanges proviennent uniquement de la royauté et du « Nom » de D.ieu, sans jamais atteindre Son essence.
Cela suit l’enseignement ‘Habad selon lequel la Mal’hout n’est qu’un rayonnement extérieur de D.ieu, comparable à un nom ou à une réputation, et que tous les mondes sont créés à partir d’elle.
Maré mekomot
- 1לגדולתו אין חקר · Psalms 145:3
- 2לית מחשב׳ תפיס׳ בי׳ כלל · Tikkunei Zohar 17a:10–12
- 3ונשגב שמו לבדו · Psalms 148:13
- 4מלכותך מלכות כל עולמים · Psalms 145:13
7וזהו במקום שאתה מוצא גדולתו1 שם אתה מוצא ענותנותו.2 כדכתיב המשפילי לראות3 בשמים ובארץ שאצלו ית׳ נחשב זאת להשפלה ולענוה להחיות רוח שפלים.4
C’est là [le sens de] « Là où vous trouvez Sa grandeur, vous trouvez aussi Son humilité », comme il est écrit : « Lui qui s’abaisse pour regarder les cieux et la terre » : car, pour Lui, béni soit-Il, cela est considéré comme un abaissement et une humilité, « pour ranimer l’esprit des humbles ».
Les Sages enseignent que partout où l’Écriture mentionne la grandeur de D.ieu, elle mentionne aussi Son humilité. Même regarder les cieux et la terre constitue pour D.ieu un abaissement de Lui-même, afin de donner vie aux humbles.
וכן מה שכתוב סומך נופלים ורופא חולים וזוקף כפופים5 וכל הממלכה נקרא בשם ארץ להיות כארץ הלזו השפלה6 שירדה ממקום כבודה להיות מלך שמו נקרא.7
De même, il est écrit : « Il soutient ceux qui tombent, guérit les malades et redresse ceux qui sont courbés. » Et tout le royaume est désigné par le nom de « terre », car il est semblable à cette terre basse qui est descendue de son lieu de gloire, afin qu’Il soit appelé du nom de « Roi ».
Le royaume de D.ieu est appelé « terre », le niveau le plus bas, car régner sur les mondes constitue un abaissement par rapport à Sa gloire. Il s’abaisse pour pouvoir être appelé Roi.
Ce paragraphe montre que la grandeur de D.ieu au-dessus des mondes est en réalité Son humilité : être Roi et donner vie aux créatures représente pour Lui un abaissement.
Mal'hout est appelée « terre » parce qu’elle est la plus basse des Séfirot et la source des mondes ; le Likkutei Torah sur Bamidbar renvoie à ce maamar à propos de cette image.
Maré mekomot
- 1במקום שאתה מוצא גדולתו · נסמן לעיל לא, ד.
- 2במקום שאתה מוצא גדולתו שם אתה מוצא ענותנותו · Megillah 31a:12–13
- 3המשפילי לראות · Psalms 113:6
- 4להחיות רוח שפלים · Isaiah 57:15
- 5וזוקף כפופים · Psalms 145:14
- 6להיות כארץ הלזו השפלה · ראה לקו״ת במדבר ה, ב. אוה״ת פ׳ לך לך תשכה, א.
- 7מלך שמו נקרא · פיוט אדון עולם.
8ולכן זאת יבין כל יציר בשומו אל לבו וירחיב דעתו בגדולתו ית׳ ונפלאות מעשיו ברבוי העולמות עד אין חקר הנה ישכיל שזהו ענותנותו ית׳ ואין ערוך אליו שאינו בגדר עלמין כלל.
Ainsi, toute créature le comprendra : lorsqu’elle prendra cela à cœur et élargira son entendement au sujet de Sa grandeur, béni soit-Il, et des merveilles de Ses œuvres dans la multitude des mondes sans nombre, elle saisira que cela est Son humilité, béni soit-Il, et qu’il n’existe aucune comparaison avec Lui, car Il n’entre nullement dans la catégorie des mondes.
Quiconque médite profondément sur la grandeur de D.ieu dans les mondes innombrables comprendra que tout cela n’est que Son humilité. D.ieu Lui-même ne peut en aucune façon être comparé à eux, puisqu’Il est entièrement au-delà des mondes.
Ce paragraphe en tire la conclusion pour celui qui médite : l’immensité de la création ne révèle que l’humilité de D.ieu, tandis que Lui-même est incomparable aux mondes.
Allumer, entretenir et les mitsvot ¶9
9והוא השוה ומשוה קטן וגדול ממילא תתלהט ותתלהב נפש ולב לאור באור האהבה בכל נפשך1 ממש לצאת מגדר העולמות
Et Il est « Celui qui rend égaux et met sur un pied d’égalité le petit et le grand ». Dès lors, l’âme et le cœur s’embraseront et s’enflammeront pour rayonner de la lumière de l’amour, « de toute ton âme », véritablement, afin de sortir des limites des mondes,
D.ieu traite le petit et le grand de la même façon ; celui qui comprend que tous les mondes ne sont que l’humilité de D.ieu voudra donc sortir entièrement de leurs limites. Son amour s’embrasera « de toute ton âme », dans le désir de s’attacher à D.ieu au-delà de toute existence créée.
כמ״ש מי לי בשמים ועמך לא חפצתי בארץ2 כלה שארי ולבבי.3 וזהו ואהבת את ה׳ אלהיך כי אהבה משרש אבה שהוא מלשון חפץ ורצון.4
comme il est écrit : « Qui ai-je au ciel [si ce n’est Toi ?] Et, auprès de Toi, je ne désire rien sur la terre ; ma chair et mon cœur défaillent. » C’est là [le sens de] « Tu aimeras Havaya, ton D.ieu » : car ahava (amour) vient de la racine ava, qui signifie désir et volonté.
Le cri du Psalmiste, qui ne désire rien au ciel ni sur la terre en dehors de D.ieu, exprime cet amour. L’Alter Rebbe interprète ensuite « Tu aimeras » à partir de la racine ava, qui signifie « désirer ».
דהיינו רעותא דלבא שיהי׳ ה׳ אלהיך ולדבקה בו ממש וע״י אתערותא דלתתא זו יחול עליו אור האהבה מלמעלה להגדיל מדורת אש האהבה בלבו יותר מכדי כח אנושי ושרש נשמתו
C’est-à-dire le désir du cœur que Havaya soit « ton D.ieu » et de s’attacher véritablement à Lui. Par cet éveil d’en bas, la lumière de l’amour d’en haut reposera sur lui, afin d’accroître l’embrasement du feu de l’amour dans son cœur au-delà de la mesure des forces humaines et [de] la racine de son âme,
L’amour est donc le désir du cœur que Havaya soit véritablement « ton D.ieu » et de s’attacher à Lui. Lorsqu’une personne suscite ce désir d’en bas, un amour d’en haut repose sur elle et rend le feu de son cœur plus intense que ce qu’un être humain, ou même la racine de son âme, pourrait produire.
שהיא בגדר וגבול ונברא לקרבה אל ה׳ ממש וביטול אליו במציאות ממש ע״י בחינת אהרן כהנא רבא
laquelle est limitée et créée, afin de s’approcher véritablement de D.ieu et de s’annuler devant Lui dans son existence même, par le niveau d’Aharon le Grand Prêtre.
Même la racine de l’âme est créée et limitée. L’amour d’en haut, accordé par l’Aharon supérieur, le Grand Prêtre, permet à une personne de s’approcher véritablement de D.ieu et de renoncer à son existence même devant Lui.
כי ואהבת בגמטריא ב׳ פעמים אור ונקרא׳ בחינה זו בהטיבו שמטוב וחסד עליון משפיע על רוח שפלים5 להטיב ולהגדיל את האהבה שלמטה.14
Car ve-ahavta (« tu aimeras ») a pour valeur numérique deux fois or (« lumière »). Et ce niveau est appelé « lorsqu’il fait du bien (be-heitivo) », car, par Sa bonté et Sa bienveillance suprêmes, Il prodigue à l’esprit des humbles ce qui le rend meilleur et accroît l’amour d’en bas.
La valeur numérique de ve-ahavta (414) est le double de celle de or, « lumière » (207), ce qui fait allusion à deux lumières de l’amour : l’une d’en bas et l’autre d’en haut. L’amour d’en haut est appelé « faire du bien » (hetava), d’après le mot signifiant « bien », car il procède de la bonté de D.ieu envers les humbles et améliore et amplifie l’amour d’en bas.
אך הנה באמת גם אתערותא דלתתא כנ״ל אשר יחפוץ האדם לדבקה בו ממש גם זאת
Mais, en vérité, même l’éveil d’en bas évoqué plus haut, par lequel une personne désire s’attacher véritablement à Lui, celui-là aussi
L’Alter Rebbe ajoute à présent un autre point. Même l’éveil d’en bas, le désir propre à la personne de s’attacher à D.ieu, présenté plus haut comme son effort personnel, ne lui appartient pas réellement.
מתת אלהים היא6 לא לפי כח נפש האדם ומזגו ותכונתו ונקרא׳ בחינת ובהעלות אהרן שאהרן העליון הוא הנותן כח בכנסת ישראל לעורר את האהבה זו.
est un don de D.ieu, qui ne dépend ni de la force de l’âme de la personne, ni de son tempérament et de sa nature. Cela est appelé le niveau de « lorsqu’Aharon élève (be-haalos) », car c’est l’Aharon supérieur qui donne à la Communauté d’Israël la force d’éveiller cet amour.
Ce désir aussi est un don de D.ieu, et ne résulte ni du tempérament ni de la force d’une personne. Il est appelé « allumer » (haalaah), car l’Aharon supérieur donne à Israël le pouvoir d’allumer son propre amour.
וזהו בין הערבים שהוא מדת ערב ולילה וחשך מצד עצמו שאין בו אור. אבל מדת בוקר שהוא מדת אברהם איש החסד כמ״ש וישכם אברהם בבקר78 הוא בחינת בהטיבו.
C’est là « entre les soirs », qui correspond à l’attribut du soir, de la nuit et de l’obscurité, laquelle est sans lumière par elle-même. En revanche, l’attribut du matin, qui est celui d’Avraham, l’homme de bonté, comme il est écrit : « Avraham se leva de bon matin », correspond au niveau de « lorsqu’il fait du bien ».
Le soir représente la personne par elle-même, plongée dans l’obscurité et dépourvue de lumière propre ; l’allumage est alors « lorsqu’il allume » : Aharon apporte la lumière à ce qui n’en a pas. Le matin est l’attribut de bonté d’Avraham, et l’allumage correspond alors à « faire du bien », c’est-à-dire à l’amour supplémentaire qui vient d’en haut.
(ועמ״ש לקמן בד״ה רני ושמחי9 בענין רננא ברמשא ושמחה בצפרא) והנה מי זה האדם שיגיע עד הלום שיגיע אליו בחי׳ אהרן העליון. אך הוא ע״י תורה ומצות.
(Voir aussi plus loin le maamar commençant par « Chante et réjouis-toi », au sujet du « chant le soir et de la joie au matin ».) Or, qui est l’homme qui parviendra jusque-là, au point que le niveau de l’Aharon supérieur l’atteigne ? C’est par la Torah et les mitsvot.
Le texte renvoie à un maamar ultérieur sur le « chant le soir et la joie au matin », pour une association parallèle. Il demande ensuite comment une personne ordinaire pourrait parvenir au point où l’aide de l’Aharon supérieur l’atteint, et répond : par la Torah et les mitsvot.
כי נר מצוה שהמצות נמשכין ממקום גבוה מאד נעלה. ולפיכך אין בהם השגה כלל כמשל השמן הנ״ל שאין נכנסים בפנימיות נפשם רק בבחי׳ מקיף עליהם מלמעלה
Car « une mitsva est une lampe », puisque les mitsvot sont attirées d’un lieu très élevé et sublime. C’est pourquoi elles ne sont pas du tout saisissables par l’intellect, à l’image de l’huile évoquée plus haut ; elles ne pénètrent pas dans la dimension intérieure de son âme, mais l’entourent seulement d’en haut,
Les mitsvot sont appelées « lampe » parce qu’elles proviennent d’un lieu si élevé que l’intellect ne peut le saisir. Comme l’huile, elles ne pénètrent pas dans l’entendement de l’âme, mais l’enveloppent d’en haut.
כמ״ש שום תשים עליך מלך10 כמו מלך המושל על עמו והוא גבוה עליהם והם עושין רצונו בלי טעם ודעת כי מצות המלך היא ולב מלכים אין חקר11 ההשגה שבעבורם נצטוו רק מ״מ הוא
comme il est écrit : « Tu établiras assurément un roi sur toi » : comme un roi qui gouverne son peuple et se tient au-dessus de lui ; ses sujets accomplissent sa volonté sans raison ni compréhension, car c’est l’ordre du roi, et « le cœur des rois est insondable » — la compréhension de la raison pour laquelle ils ont reçu ces commandements. Pourtant, néanmoins, c’est
Le commandement de la Torah d’établir un roi sur soi illustre cette relation : les sujets obéissent aux ordres du roi sans les comprendre, car ses raisons les dépassent. De même, un Juif accomplit les mitsvot selon la volonté du Roi, même s’il ne peut en saisir les raisons.
ע״ד משל כאדם שתופס את המלך באחד מאבריו וממשיכו אליו הנה גם חיותו שבקרבו נמשך אחריו כך כתיב וימינו תחבקני.1213
à la manière d’un homme qui saisit le roi par l’un de ses membres et l’attire à lui : la force vitale du roi qui se trouve en lui est, elle aussi, attirée avec lui. Ainsi, il est écrit : « et Sa droite m’étreint ».
Cependant, celui qui saisit un roi par l’un de ses membres attire le roi tout entier à lui, puisque la vie du roi se trouve dans chacun de ses membres. De même, celui qui accomplit une mitsva rapproche D.ieu Lui-même, comme le dit le verset : « Sa droite m’étreint ».
כי הנה רמ״ח מ״ע הם רמ״ח אברין דמלכא וע״י המשכת המצות ממילא נמשך אחריו בחי׳ יחודו ית׳ בעצמו ובכבודו בבחינת יחודו כנ״ל:
Car les 248 commandements positifs sont les 248 membres du Roi ; et, par l’attraction des mitsvot, le niveau de Son unité même, béni soit-Il, en personne et dans Sa gloire, est dès lors attiré à sa suite, selon le niveau de Son unité évoqué plus haut.
Les 248 commandements positifs sont appelés les 248 « membres » du Roi. En accomplissant les mitsvot, une personne attire l’unité propre de D.ieu, laquelle, comme cela a été expliqué, se situe au-delà de tous les mondes.
Ce paragraphe répond à la question du maamar concernant « faire du bien » et « allumer » : « allumer » désigne la force que D.ieu donne à une personne pour éveiller l’amour, et « faire du bien » désigne l’amour supplémentaire venant d’en haut qui l’amplifie. On accède aux deux par les mitsvot qui, comme l’huile, dépassent l’entendement, mais attirent D.ieu Lui-même auprès de la personne.
La guématria de ve-ahavta comme double de or provient des intentions du Ari zal pour le Chema, citées par Kehot d’après Shaar HaKavanos et Pri Etz Chaim. Les mitsvot comme 248 membres du Roi expliquent pourquoi une mitsva, bien qu’elle dépasse l’entendement, relie une personne à l’essence de D.ieu, davantage que ne le pourrait la seule compréhension.
Maré mekomot
- 1בכל נפשך · Deuteronomy 6:5
- 2מי לי בשמים ועמך לא חפצתי בארץ · Psalms 73:25
- 3כלה שארי ולבבי · Psalms 73:26
- 4כי אהבה משרש אבה שהוא מלשון חפץ ורצון · בלקו״ת נשא כו, ב מפרש ”והכוונה שיהיה רצון האדם וחפצו ובקשתו בכל לב ונפש להיות גילוי אלקותו ויחודו ית׳ בעולם ונפש” ע״ש. ראה ספר החקירה להצ״צ צב, א בשרש ישע. וראה גם לקו״ת מסעי פח, ד. ואתחנן ט, ב.
- 5רוח שפלים · Isaiah 57:15
- 6מתת אלהים היא · Ecclesiastes 3:13
- 7וישכם אברהם בבקר · Genesis 25:3
- 8וישכם אברהם בבקר · Genesis 22:3
- 9לקמן בד״ה רני ושמחי · לז, א.
- 10שום תשים עליך מלך · Deuteronomy 17:15
- 11ולב מלכים אין חקר · Proverbs 25:3
- 12וימינו תחבקני · Song of Songs 2:6
- 13וימינו תחבקני · Song of Songs 8:3
- 14ואהבת בגימט׳ ב׳ פעמים אור · שער הכוונות כוונת ק״ש. פע״ח שער הק״ש פכ״ג וכ״ה.
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
Méditez sur le fait que la grandeur de D.ieu au-dessus de tous les mondes n’est que Son humilité, jusqu’à ce que le cœur aspire à D.ieu Lui-même ; sachez que cette aspiration aussi est Son don, et atteignez-Le en accomplissant les mitsvot, dont les raisons dépassent l’entendement.
Questions à discuter
- Pourquoi un décret spirituel appelle-t-il une commémoration par des lumières plutôt que par un festin ?
- Comment l’huile, qui éteint une flamme lorsqu’on la verse dessus, peut-elle être la source de la lumière de la lampe, et que nous apprend cela au sujet des mitsvot dont nous ne comprenons pas les raisons ?
- Quelle est la différence entre « Un » et « unique », et pourquoi conduit-elle à un amour qui aspire à quitter les mondes ?
- Si même l’éveil d’en bas est un don d’en haut, que reste-t-il à faire à l’homme ?
- Comment le fait de saisir le Roi par l’un de ses membres explique-t-il le pouvoir d’une seule mitsva ?