Torah Ohr · Parshas Vayeitzei · Maamar 3
וללבן שתי בנות וגו׳
Et Lavan avait deux filles
L’idée centrale
Leah et Rachel correspondent à la pensée divine et à la parole divine, aux mondes cachés et au monde révélé. Yaakov aimait davantage Rachel, car c’est par la parole et l’action que la Lumière infinie se déverse le plus pleinement et devient accessible à tous, bien que la pensée doive toujours les accompagner.
Le maamar en bref
Le maamar interprète les deux filles de Lavan comme les deux « terres des vivants » : Leah, les lettres de la pensée, le monde caché ; et Rachel, les lettres de la parole, le monde révélé. À l’époque du Temple, Rachel brillait ouvertement en Terre d’Israël, apportant la prophétie et une révélation manifeste. En exil, Rachel, le mem ouvert, partit en exil avec Israël, tandis que Leah, le mem fermé, demeura dans le Pays ; ainsi, de grands tsadikim comme l’Arizal peuvent y atteindre des perceptions cachées encore plus élevées. Pourquoi donc Leah était-elle « haïe » ? Yaakov est la « barre centrale », qui fait descendre la Lumière infinie de Kéter jusqu’à Mal’hout ; il aspirait donc à sa révélation ici-bas, en Rachel. Rachel était stérile, car la révélation aux mondes inférieurs séparés est si difficile, tandis que Leah mit au monde des fils au sein d’Atsilout : Yehouda (l’annulation de soi manifestée au-dehors, racine de la royauté de David), Reouven et Chimon (la vision et l’ouïe), et Levi (l’attachement intérieur, racine de Moché). La génération du désert, enracinée en Leah, voulait servir D.ieu par la pensée seule ; pourtant, ce sont précisément la parole et l’action qui font descendre la lumière la plus élevée. Leah voulait que la pensée soit prépondérante ; Yaakov savait que, pour la majorité d’Israël, le service essentiel passe par la parole et l’action, auxquelles se joint la pensée.
Plan
- Deux filles, deux terresLeah et Rachel correspondent à la pensée et à la parole, aux mondes cachés et au monde révélé. Toutes deux brillaient dans le Pays à l’époque du Temple ; en exil, Rachel est cachée et silencieuse, tandis que Leah, le niveau supérieur et caché, demeure dans le Pays, où de grands tsadikim peuvent l’atteindre.¶1
- Pourquoi Yaakov aimait RachelYaakov, la barre centrale, fait descendre la Lumière infinie de Kéter jusqu’à Mal’hout, ainsi que le baiser intérieur de 'Hokhma, Bina et Daat jusque dans Rachel ; Lavan est la blancheur d’en haut, bonté pure.¶1
- Rachel stérile, les fils de LeahLa naissance issue de la parole signifierait une révélation dans les mondes inférieurs séparés, ce qui est très difficile ; Leah mit au monde ses fils au sein d’Atsilout. Yehouda représente l’annulation de soi manifestée au-dehors, Levi l’attachement intérieur, et Moché est issu de Levi.¶2
- La pensée et l’action réuniesLa génération du désert voulait servir par la pensée seule, mais l’action fait descendre davantage de lumière. Leah voulait que la pensée passe en premier ; Yaakov choisit la tente de Rachel, la parole et l’action, auxquelles se joignent la vision et l’ouïe de la pensée.¶2
Notions clés
- Le monde caché et le monde révéléעלמא דאתכסיא ועלמא דאתגליא
- Deux niveaux de l’expression divine, comparés à la pensée intime d’une personne et à sa parole audible. Leah est le monde caché ; Rachel, le monde révélé.
- Le mem ouvert et le mem ferméמ״ם פתוחה ומ״ם סתומה
- Les deux formes de la lettre mem. Rachel, le mem ouvert, laisse une ouverture par laquelle les forces extérieures tirent leur subsistance en exil ; Leah, enracinée dans le mem fermé, est scellée et ne part pas en exil.
- La barre centraleבריח התיכון
- La barre qui traversait toutes les planches du Tabernacle d’un bout à l’autre ; c’est le nom que le Zohar donne à Yaakov, qui fait descendre la Lumière infinie du niveau le plus élevé jusqu’au plus bas.
- La blancheur d’en hautלובן העליון
- La racine de Lavan selon l’enseignement de l’Arizal : la source de toute bonté, une compassion pure, sans aucun jugement, bien au-dessus d’Atsilout.
- Attachement et reconnaissanceהתקשרות והודאה
- Deux formes d’annulation de soi : l’attachement intérieur de Levi, invisible de l’extérieur, et la reconnaissance de Yehouda, qui se manifeste extérieurement, comme lorsqu’on s’incline.
- Leur fin est inscrite dans leur commencementנעוץ סופן בתחלתן
- Le principe du Sefer Yetzirah selon lequel le niveau le plus bas est lié au plus élevé ; ainsi, la parole et l’action physiques font descendre la plus grande révélation.
Deux filles, deux terres ¶1
Pourquoi Yaakov aimait Rachel ¶1
1וללבן שתי בנות12 וגו׳. הנה לאה ורחל הם אותיות המחשבה ואותיות הדבור. שהם עלמא דאתכסיא ועלמא דאתגליא3 (עיין לקמן בד״ה בכ״ה בכסליו בפי׳ ושם ה׳ קטנה רחל)
« Et Lavan avait deux filles », etc. Or Léa et Ra’hel sont les lettres de la pensée et les lettres de la parole, qui constituent le monde caché (alma de’iskasya) et le monde révélé (alma de’isgalya). (Voir plus loin, dans le discours commençant par « Le vingt-cinquième jour de Kislev », dans l’explication ; et là : le petit hé est Ra’hel.)
Le maamar s’ouvre sur le verset qui présente les filles de Lavan, Léa et Ra’hel. Dans la ‘Hassidout, elles représentent deux modes d’expression du divin : Léa est la « pensée », un monde intérieur et caché ; Ra’hel est la « parole », le monde qui se manifeste au grand jour. De même que la pensée d’une personne est privée et que sa parole est entendue par autrui, le « monde caché » et le « monde révélé » de D.ieu diffèrent par la mesure de ce qui s’y dévoile.
וזהו ענין בארצות החיים.4 ב׳ ארצות. שבזמן שבהמ״ק היה קיים היו שני הבחינות מאירים בא״י.
C’est là le sens de « dans les terres des vivants » : deux terres. Car, lorsque le Temple était debout, les deux niveaux brillaient en Terre d’Israël.
Le psalmiste parle au pluriel des « terres » des vivants. L’Alter Rebbe interprète ces deux terres comme Léa et Ra’hel, la pensée et la parole, et explique que, tant que le Temple était debout, toutes deux brillaient ouvertement en Terre d’Israël.
Et le niveau principal était celui de Ra’hel (qui est appelée « la maîtresse de maison »), car la pensée s’habille dans la parole, et la parole était dévoilée.
Des deux, Ra’hel — la parole — était le niveau principal à l’époque du Temple, car la pensée ne demeure pas privée : elle s’habille dans la parole. Ainsi, ce qui était dévoilé par la parole portait en lui la pensée. L’expression « maîtresse de maison » (akeret habayit) est appliquée à Ra’hel, figure centrale du foyer.
ולפי שרחל שהוא בחי׳ הדבור הוא עלמא דאתגליא לכך היה אז בא״י גילוי אלקותו ית׳ שהיו חכמים גדולים בעלי רוה״ק ונביאים
Et puisque Ra’hel, qui est le niveau de la parole, est le monde révélé, il y avait alors en Terre d’Israël une révélation de Sa divinité, béni soit-Il : il s’y trouvait de grands sages possédant l’esprit saint, ainsi que des prophètes
Parce que Ra’hel est le « monde révélé », sa prééminence en Terre d’Israël signifiait que la divinité s’y manifestait ouvertement. Les sages possédant l’esprit saint (roua’h hakodech) et les prophètes en étaient les signes.
(וכמו שפרש״י8 גבי יונה ויחזקאל9 שאין הנבואה שורה אלא בא״י)10 ובפרט בהמ״ק והשראת השכינה בקה״ק ואורים ותומים ועבודת הקרבנות שהי׳ יורד אש שלמעלה. משא״כ אחר חורבן בהמ״ק שגלו ישראל וגלתה עמהם השכינה.11
(comme Rachi l’explique à propos de Yona et de Ye’hezkel : la prophétie ne réside qu’en Terre d’Israël), et tout particulièrement le Temple, la résidence de la Chekhina (Présence divine) dans le Saint des Saints, les Ourim et les Toumim, ainsi que le service des sacrifices, au cours duquel un feu céleste descendait. Il n’en va pas de même après la destruction du Temple, lorsque les Juifs partirent en exil et que la Chekhina partit en exil avec eux.
Rachi relève que Yona s’enfuit à l’étranger parce que la prophétie ne réside pas hors de la Terre d’Israël ; il souligne la même chose à propos de Ye’hezkel, qui prophétisa à Babylone. Le Temple ajoutait d’autres manifestations ouvertes : la Chekhina dans le Saint des Saints, les Ourim et les Toumim, par lesquels le grand prêtre recevait des réponses, et le feu qui descendait du ciel sur l’autel. Après la destruction, enseignent les Sages, la Chekhina elle-même partit en exil avec le peuple juif.
שהיא בחי׳ רחל שהיא בבחי׳ גלות בע׳ שרי׳ ואינה מאירה כלל12 מערך הגלוי שהיתה מאירה בזמן הבית שהי׳ הדבור מתגלה משא״כ עכשיו כתיב כרחל לפני גוזזי׳ נאלמה.13
[La Chekhina] est le niveau de Ra’hel, qui se trouve en état d’exil parmi les soixante-dix princes et ne brille aucunement en comparaison de la révélation dont elle brillait à l’époque du Temple, lorsque la parole était dévoilée ; tandis qu’à présent il est écrit : « Comme une brebis [ra’hel] devant ceux qui la tondent, elle est muette. »
La Chekhina en exil est Ra’hel, le niveau de la parole, à présent cachée parmi les « soixante-dix princes », les puissances célestes qui dominent les nations. L’Alter Rebbe interprète le verset d’Isaïe « comme une brebis (ra’hel) devant ceux qui la tondent, elle est muette » comme le silence de Ra’hel, la parole divine : elle ne brille plus comme autrefois.
והעבודה היא בדרך בירורים14 כו׳ (וכמ״ש ע״פ במדבר סיני)15 ומ״מ נשאר מאיר בא״י בחי׳ לאה והיא מדרגה יותר גבוה מבחי׳ רחל וכמשל המחשבה שהיא רוחניות ונעלית מן הדבור
Le service divin se fait par la voie des clarifications (beirourim), etc. (comme cela est expliqué à propos de « Dans le désert du Sinaï »). Néanmoins, le niveau de Léa continue de briller en Terre d’Israël ; elle est d’un rang supérieur à celui de Ra’hel, comme dans l’analogie de la pensée, qui est spirituelle et plus élevée que la parole
En exil, le service consiste en des « clarifications » (beirourim) : extraire et élever les étincelles de sainteté tombées dans le monde, plutôt que de bénéficier d’une révélation ouverte. Pourtant, quelque chose continue de briller en Terre d’Israël : Léa, le niveau de la pensée, qui est supérieur à la parole, de même qu’une pensée est plus spirituelle et plus élevée que les mots qui l’expriment.
(שהיא אינה בגלות כי רחל נק׳ מ״ם פתוחה שיש ממנה פתח ומבוא ליניקת החיצונים בזמן הגלות משא״כ מבחי׳ מ״ם סתומה.16 ושם הוא שרש לאה עיין בזהר ר״פ תרומה דף קכ״ו ב׳17 ודף קכ״ז)
(car elle n’est pas en exil : Ra’hel est appelée le mem ouvert, qui comporte une ouverture et une entrée par lesquelles les forces extérieures peuvent puiser leur vitalité pendant l’exil ; il n’en va pas ainsi du niveau du mem fermé, où se trouve la racine de Léa. Voir le Zohar, au début de la paracha Terouma, p. 126b et p. 127.)
Léa n’est pas en exil. La forme finale de la lettre mem (ם) est fermée de tous côtés, tandis que le mem ordinaire (מ) comporte une ouverture en bas. Ra’hel, la parole, est le mem ouvert par lequel les « forces extérieures » (kelipa) peuvent puiser leur vitalité en exil ; Léa est enracinée dans le mem fermé, où elles n’ont pas accès. L’Alter Rebbe renvoie au Zohar, au début de Terouma.
אך לפי שהוא עלמא דאתכסיא והעלם לכך אין הגילוי אלקות עכשיו בא״י מערך הגילוי שהי׳ בזמן בהמ״ק קיים.
Mais, puisqu’il s’agit du monde caché et de la dissimulation, la révélation de la divinité en Terre d’Israël n’est donc pas aujourd’hui comparable à celle qui existait lorsque le Temple était debout.
Mais, puisque Léa est le monde caché, sa lumière ne se manifeste pas ouvertement. C’est pourquoi la divinité en Terre d’Israël n’est pas visible aujourd’hui comme elle l’était à l’époque du Temple.
ומ״מ הצדיקים הגדולים אשר בארץ יכולים להשיג עכשיו בא״י השגות עליונות יותר אפי׳ ממה שהשיגו צדיקים כמותם בזמן הבית
Néanmoins, les grands tsadikim qui se trouvent dans le pays peuvent aujourd’hui, en Terre d’Israël, atteindre des perceptions supérieures même à celles qu’atteignaient des tsadikim de leur envergure à l’époque du Temple
Cette dissimulation recèle un avantage caché. Les grands tsadikim vivant dans le pays peuvent aujourd’hui y atteindre des perceptions plus élevées que celles qu’atteignaient, à l’époque du Temple, des tsadikim de leur envergure, car c’est le niveau supérieur de Léa qui demeure dans le pays.
(מאחר שההשגה היא בבחי׳ מחשבה עליונה כמו שהיא עדיין למעלה מהתלבשות בעולם הדבור) וכמו האר״י ז״ל18 שהשיג השגות עצומות מה שלא השיגו צדיקים גדולים בדורות הקדמונים.19
(puisque la perception relève du niveau de la pensée supérieure telle qu’elle est encore au-dessus de son habillement dans le monde de la parole), comme ce fut le cas de l’Ari zal, qui atteignit des perceptions immenses que de grands tsadikim des générations précédentes n’avaient pas atteintes.
La raison en est que leur perception touche à la pensée supérieure telle qu’elle est en elle-même, avant d’être revêtue dans la parole. L’Ari zal, Rabbi Yits’hak Louria de Safed, en est la preuve : en Terre d’Israël, il atteignit des profondeurs de la Kabbala que de grands tsadikim des générations précédentes n’avaient pas atteintes.
ולהבין מ״ש כי שנואה לאה202122 כו׳. הרי יעקב השיג ודאי בעלמ׳ דאתכסי׳.23 אך הענין כי יעקב נק׳ בריח התיכון24 המבריח מן הקצה אל הקצה.25
Il faut maintenant comprendre ce qui est écrit : « car Léa était haïe », etc. Yaakov a certainement appréhendé le monde caché ! Mais l’explication est que Yaakov est appelé « la barre centrale, qui traverse d’un bout à l’autre ».
Une question se pose à présent : la Torah dit que Léa était « haïe », c’est-à-dire que Yaakov l’aimait moins que Ra’hel. Pourquoi Yaakov aurait-il préféré la parole au niveau supérieur de la pensée, qu’il pouvait assurément appréhender ? La réponse commence par le nom que le Zohar donne à Yaakov : « la barre centrale » du Tabernacle, qui traversait toutes les planches d’un bout à l’autre.
פי׳ שהוא הממשיך אור א״ס ב״ה מן הקצה עליונה (היינו הקו הבוקע החלל כמ״ש במ״א)26 מבחי׳ כתר למטה ולכן נאמר בו תוספת וי״ו ואלקי יעקב.
C’est-à-dire qu’il fait descendre la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, depuis l’extrémité supérieure (c’est-à-dire le kav [ligne de lumière] qui transperce l’espace vide, comme cela est expliqué ailleurs), depuis le niveau de Kéter (la Couronne), vers le bas ; c’est pourquoi une lettre vav supplémentaire lui est associée : « et le D.ieu de Yaakov ».
La mission de Yaakov est de faire descendre la Lumière infinie depuis tout en haut, depuis Kéter, le niveau au-dessus de l’intellect, à travers tous les niveaux inférieurs. L’« extrémité supérieure » est le kav, la fine ligne de lumière qui pénètre dans l’espace vide laissé après le tsimtsoum. La lettre vav supplémentaire (« et ») dans « et le D.ieu de Yaakov », absente des noms d’Avraham et de Yits’hak, indique cette descente : le vav est une ligne qui descend.
וכן והנורא27 שמייחד ומחבר חו״ג ע״י המשכת והארת האין והיינו ע״י בחי׳ בטול. וכל ההמשכו׳ שלו הוא עד הקצה התחתונה. דהיינו בבחי׳ מלכות עלמא דאתגלייא.
De même, « et le redoutable » : il unit et relie 'Hessed (bonté) et Guevoura (retenue) par la descente et l’illumination du Ayin [le Néant], c’est-à-dire par le niveau de l’annulation de soi (bitoul). Toute sa descente atteint l’extrémité inférieure, c’est-à-dire le niveau de Mal’hout (souveraineté), le monde révélé.
Dans la bénédiction « le grand, le puissant et le redoutable », les trois termes correspondent à Avraham ('Hessed), Yits’hak (Guevoura) et Yaakov, « le redoutable », qui unit les deux. Il peut unir la bonté et la retenue parce qu’il fait descendre le Ayin, le « Néant » divin qui se situe au-dessus de toutes deux ; chez l’homme, cela se manifeste sous la forme de l’annulation de soi (bitoul). Sa descente ne s’arrête pas à mi-chemin : elle atteint l’« extrémité inférieure », Mal’hout, le monde révélé.
וזהו ויאהב (יעקב) גם את רחל28 מלאה שכל תשוקתו היה להיות גילוי אור א״ס ב״ה למטה בעלמא דאתגלייא שעי״ז יוכלו הכל לקבל
C’est là le sens de « et (Yaakov) aima aussi Ra’hel plus que Léa » : tout son désir était que la Lumière infinie, béni soit-Il, se révèle ici-bas, dans le monde révélé, car ainsi tous pourraient la recevoir,
Voilà pourquoi Yaakov aima Ra’hel plus que Léa. Il désirait par-dessus tout que la Lumière infinie se révèle ici-bas, dans le monde révélé de la parole, car c’est seulement là que tous peuvent la recevoir.
contrairement au niveau du monde caché, etc. C’est pourquoi il est écrit : « Et Yaakov embrassa Ra’hel », à la manière de [ce qui est dit au sujet du mot pointillé] « et il l’embrassa » :
Le monde caché de la pensée n’est pas accessible à tous. La description par la Torah du baiser de Yaakov à Ra’hel est rapprochée du célèbre mot pointillé « et il l’embrassa » (lors de la rencontre d’Essav et de Yaakov), dont les points signalent un baiser porteur d’un sens intérieur particulier. Ici, le baiser indique une profondeur de lien que Yaakov fit pénétrer en Ra’hel.
דהיינו שבחי׳ חב״ד שהוא זיווג נשיקין ואתדבקו׳ רוחא ברוחא עד״מ הנשיקין שבאין מפנימית האהבה (עמ״ש במ״א ע״פ ישקני מנשיקות3132 וע״פ אמצאך בחוץ אשקך)3334 וגם בחי׳ זו המשיך ברחל.
c’est-à-dire que le niveau de 'Hokhma (sagesse), Bina (compréhension) et Daat (connaissance), qui est l’union des baisers et l’attachement de l’esprit à l’esprit, comme dans l’analogie des baisers qui proviennent de la dimension intérieure (pnimiyout) de l’amour (voir ce qui est expliqué ailleurs à propos de « Qu’il me donne les baisers » et de « Je te trouverais dehors, je t’embrasserais »), ce niveau aussi, il le fit pénétrer en Ra’hel.
Dans le langage du Zohar, un baiser est une union de l’esprit avec l’esprit, une intimité intérieure née du cœur de l’amour ; dans les Séfirot, il correspond à l’intellect : 'Hokhma, Bina et Daat. Yaakov fit pénétrer même ce niveau intérieur et intellectuel en Ra’hel, afin que la parole porte la profondeur de la pensée. L’Alter Rebbe renvoie à ses propres explications de deux versets du Cantique des Cantiques consacrés au baiser.
וז״ש אעבדך שבע שנים ברחל35 בתך הקטנה כי לבן הוא בחי׳ לובן העליון3637 מקור החסדים שכולו רחמים פשוטים דלית שמאלא בהאי עתיקא38
C’est là le sens de : « Je te servirai sept ans pour Ra’hel, ta fille cadette. » Car Lavan est le niveau de la blancheur supérieure (lavan), la source des bontés (’hassadim), qui n’est que compassion simple, car « il n’y a pas de gauche en cet Atika [l’Ancien] » ;
Yaakov travailla pour Ra’hel, « la fille cadette », c’est-à-dire la parole, le niveau inférieur. Le nom Lavan signifie « blanc » et, dans l’enseignement de l’Ari zal, il représente la « blancheur supérieure », source de toute bonté, une compassion pure, sans la moindre trace de jugement. Le Zohar dit du niveau appelé Atika (l’Ancien) qu’il n’a « pas de gauche », aucune retenue ni sévérité.
רק שלמטה נשפל בלבן גשמי39 ומ״מ כתיב כלו הפך לבן טהור40 הוא אפי׳ הנגע כו׳ ועל לבן כתיב וישכם לבן בבקר41 שבכ״י מתגבר ונמשך אור החסד עליון.
seulement, en bas, elle fut abaissée et prit la forme d’un Lavan matériel. Pourtant, il est écrit : « Tout est devenu blanc ; il est pur », même lorsque la plaie, etc. Et à propos de Lavan, il est écrit : « Lavan se leva de bon matin », car chaque jour la lumière du 'Hessed supérieur se renforce et se répand.
Le Lavan matériel était un trompeur, mais sa racine est sainte : la blancheur supérieure tomba très bas et devint une personne de chair et de sang. La loi de tsaraat l’illustre : lorsque la lésion blanche couvre tout le corps, la personne est pure. Le verset « Lavan se leva de bon matin » suggère que le matin, temps de la bonté, est le moment où le 'Hessed supérieur se renforce et se répand chaque jour.
Ce paragraphe identifie Léa et Ra’hel à la pensée et à la parole, au monde caché et au monde révélé, et s’appuie sur ces notions pour expliquer pourquoi la Terre d’Israël, après le Temple, conserve des possibilités spirituelles cachées, voire supérieures. Il commence ensuite à expliquer pourquoi Yaakov a davantage aimé Ra’hel : sa mission, en tant que « barre centrale », est de faire descendre la Lumière infinie jusqu’au monde révélé, où tous peuvent la recevoir.
L’association de Léa et Ra’hel au monde caché et au monde révélé vient du Zohar et de l’Ari zal : Léa est la configuration féminine supérieure, enracinée dans Bina et cachée, tandis que Ra’hel est Mal’hout, la configuration féminine révélée. Le mem ouvert et le mem fermé correspondent à l’ouverture en Ra’hel qui permet aux kelipot de puiser leur vitalité en exil, alors que la racine de Léa demeure scellée. Lavan comme « blancheur supérieure » provient d’Etz ‘Haim, Sha’ar HaAkoudim : Lavan accomplit le travail d’Akoudim, Nekoudim et Beroudim, les étapes antérieures à Atsilout, au bénéfice de Yaakov, qui représente Atsilout.
Maré mekomot
- 1וללבן שתי בנות · ראה לעיל בציונים לכ״ק אדמו״ר זי״ע. במפתח לאוה״ת כרך א מציין המו״ל שהמאמר הוא משנת תקע״א — הוא בדף רטז, ב בהתחלת אתהלך לפני ה׳, ומציין ששייך לפסוק וללבן שתי בנות. בשינוים ועם הגהות, ראה מאמרי אדה״א נ״ך ע׳ קצד שמיוסד על מאמר זה. בבוך 1135 מד, א המאמר בגוכתי״ק הצ״צ באיזה שינויים, וז״ל שם: וללבן שתי בנות וגו׳ הנה לאה ורחל שהם אותיות מחשבה ודיבור היו שניהם מאירים בא״י בזמן הבית וזהו בארצות החיים ב׳ ארצות והעיקר הי׳ בחי׳ רחל, כי המחשבה מתלבשת בתוך הדבור, ונודע כי רחל היא עלמא דאתגליא כמשל הדבור ולכן הי׳ אז בא״י תכלית הגילוי אלקותו ית׳ שהיו חכמים גדולים בעלי רוה״ק ונביאים ובפרט בהמ״ק השראת השכינה בקדה״ק ואורים ותומים וירידת האש שלמעלה כו׳. ואחר החורבן שגלו ישראל לבבל וגלתה עמהם השכינה שהיא בחי׳ רחל עלמא דאתגלייא ואז היא בח״ל דוקא אך א״כ הי׳ ראוי להיות בח״ל גילוי אלקות ע״ד שהי׳ אז בא״י אך הענין כי בבבל היא בבחי׳ גלות בהע׳ שרים והעבודה היא בדרך בירורים כו׳ (ועי״ש ע״פ במדבר סיני) אבל בא״י נסתלקה רחל שהיא עלמא דאתגליא ונשאר בחי׳ לאה שהיא עלמא דאתכסיא שהוא באמת מדרגה יותר גבוה מרחל כמשל המחשבה שהיא למעלה מהדבור ולכן הצדיקי׳ הגדולים יכולים להשיג עכשיו בא״י השגות עליונות יותר גם מבזמן הבית (כיון שישיג בבחי׳ מחשבה עליונה כמו שהיא עדיין למעלה מההתלבשות בעולם הדבור) וכמו האריז״ל שהשיג מה שלא השיגו תנאים ואמוראים משא״כ שארי האנשים לא יוכלו להשיג כי לאה היא אתכסיא כו׳.
- 2וללבן שתי בנות · Genesis 29:16
- 3לאה ורחל . . עלמא דאתכסיא ועלמא דאתגליא · באוה״ת שמיני כרך ב ע׳ תפט מציין לכאן.
- 4בארצות החיים · Psalms 116:9
- 5והעיקר היה בחי׳ רחל · ראה לקו״ת להאריז״ל פ׳ לך לך ד״ה אל הארץ.
- 6(שנקראת עקרת הבית) · בגוכתי״ק הצ״צ ליתא.
- 7שנקראת עקרת הבית · Psalms 113:9
- 8(וכמו שפרש״י . . בא״י) · בגוכתי״ק הצ״צ ליתא.
- 9וכמו שפרש״י גבי יונה ויחזקאל · א, ג.
- 10ויחזקאל שאין הנבואה שורה אלא בא״י · Rashi on Ezekiel 1:3
- 11שגלו ישראל וגלתה עמהם השכינה · Megillah 29a:4
- 12משא״כ אחר חורבן . . ואינה מאירה כלל · באוה״ת שלח ע׳ תנו מבאר שגם עכשיו יש הפרש בין א״י לחו״ל, וכאן מבאר שבזמן שאין בהמ״ק קיים אין יכולים להשיג בארץ יותר מבחו״ל, רק הצדיקים הגדולים, וכתב ע״ז הצ״צ שם ”ע״כ צ״ל דעכשיו עיקר ענין הארץ יכולים להשיג ע״י עסק התורה שבע״פ”, ע״ש בארוכה.
- 13כרחל לפני גוזזי׳ נאלמה · Isaiah 53:7
- 14והעבודה היא בדרך בירורים · באוה״ת בראשית כרך א ריז, א מציין ע״ז ”וזוהי עיקר התלבשותה שנופלת ממדרגה למדרגה לברר ולהוציא בלעם מפי׳”.
- 15(וכמ״ש ע״פ במדבר סיני) · ראה לקו״ת פ׳ במדבר בתחלתה.
- 16מ״ם פתוחה . . מ״ם סתומה · נתבאר באוה״ת דרושים לשמע״צ ע׳ א׳תתי, ובספר הליקוטים-דא״ח מהצ״צ ערך אותיות אות מ (ע׳ תתנ ואילך). ראה לקו״ת שמע״צ צג, ב.
- 17עיין בזהר ר״פ תרומה דף קכ״ו ב׳ · Zohar, Terumah 2:12–4:23
- 18וכמו האר״י ז״ל · במאמרי אדה״א נ״ך ע׳ קצה ”כמו האריז״ל ותלמידיו שזכו לרוה״ק וגילוי אליהו כו׳ והרב הב״י וכיוצא שלא נמצא כזה בחו״ל”.
- 19וכמו האר״י ז״ל . . בדורות הקדמונים · בבוך 1135 גוכתי״ק הצ״צ: וכמו האריז״ל שהשיג מה שלא השיגו תנאים ואמוראים משא״כ שארי האנשים לא יוכלו להשיג כי לאה היא אתכסיא כו׳: ולהבין מ״ש.
- 20כי שנואה לאה · Genesis 29:31
- 21כי שנואה לאה · Bava Batra 123a
- 22כי שנואה לאה · Bereshit Rabbah 71:1
- 23הרי יעקב השיג ודאי בעלמ׳ דאתכסי׳ · בתו״א רד״ה וללבן ב׳ בנות דיעקב השיג ודאי בעדאתכ״ס ובתו״ח שם דלא השיג כלל — לפלא גדול שהרי מפורש על אתר: בתו״א — שהמדובר באותיות המח׳. בתו״ח — בשרש לאה, פני׳ בינה, שכל הנעלם מכל רעיון וכו׳. ולהעיר 1) באוה״ת שם אין בכלל הענין שהשיג או לא השיג. 2) ע״ד החילוק בפי׳ כי שנואה בין תו״א ותו״ח — נחלקו ג״כ ב״ב (קכג, א) וב״ר רפע״א. — לקו״ש ח״י ע׳ 214. במאמרי אדה״א נ״ך ע׳ קצו מבאר שהקושיא ”למה אהב יעקב לרחל יותר מלאה דלכאורה בחי׳ לאה יותר עליון מבחי׳ רחל”. וראה ביאוה״ז להצ״צ כרך ב ע׳ תשלז.
- 24יעקב נק׳ בריח התיכון · Zohar III, 186a
- 25בריח התיכון המבריח מן הקצה אל הקצה · Exodus 26:28
- 26פי׳ שהוא הממשיך . . כמ״ש במ״א · ראה אוה״ת בראשית כרך ב שפה, ב ואילך. וראה בהביאור שם שפח, א ואילך.
- 27והנורא · Deuteronomy 10:17
- 28ויאהב (יעקב) גם את רחל · Genesis 29:30
- 29וישקהו · Genesis 33:4
- 30וישק יעקב לרחל · Genesis 29:11
- 31ע״פ ישקני מנשיקות · לקו״ת שה״ש א, ד. וראה אוה״ת שה״ש ע׳ כד.
- 32ישקני מנשיקות · Song of Songs 1:2
- 33וע״פ אמצאך בחוץ אשקך · לקמן פ׳ תרומה פ, ג.
- 34אמצאך בחוץ אשקך · Song of Songs 8:1
- 35אעבדך שבע שנים ברחל · Genesis 29:18
- 36לבן הוא בחי׳ לובן העליון · ע״ח שער העקודים פ״א.
- 37לבן הוא בחי׳ לובן העליון · Sefer Etz Chaim 6:2
- 38דלית שמאלא בהאי עתיקא · Zohar III, 129a
- 39רק שלמטה נשפל בלבן גשמי · ראה לקו״ש חט״ו ע׳ 262.
- 40כולו הפך לבן טהור · Leviticus 13:13
- 41וישכם לבן בבקר · Genesis 32:1
Rachel stérile, les fils de Leah ¶2
La pensée et l’action réunies ¶2
2וינשק לבניו ובנותיו1 שנמשך בכל פרצופי האצי׳ זכרים ונקבות. ואח״כ ולבן שב למקומו למעלה מעלה ויעקב הלך לדרכו2 להמשיך בחינת לובן העליון הנ״ל למטה מטה ברחל בתו הקטנה בחי׳ דבור כו׳.
« Et il embrassa ses fils et ses filles » : cela signifie que [la lumière] se répand dans toutes les configurations (partsoufim) du Monde d’Atsilout (Émanation), masculines et féminines. Puis « Lavan retourna à sa place », toujours plus haut, « et Yaakov poursuivit sa route », afin de faire descendre le niveau de la blancheur supérieure mentionnée plus haut toujours plus bas, en Ra’hel, sa fille cadette, le niveau de la parole, etc.
Lavan, la blancheur supérieure, « embrassa ses fils et ses filles » : sa bonté se répandit dans toutes les configurations (partsoufim) d’Atsilout, masculines et féminines. Puis il « retourna à sa place », se retirant vers sa racine élevée, tandis que Yaakov « poursuivit sa route » : sa mission était de faire descendre cette blancheur supérieure jusqu’en Ra’hel, le niveau de la parole.
ולכן היתה רחל עקרה3 כי ההולדה מבחי׳ הדבור הוא להיות הגילוי בבי״ע וא״א להיות הולדה וגילוי בבי״ע שהרי הנבראים הם נפרדים וא״א להתגלות להם בחי׳ לובן העליון הנ״ל.
C’est pourquoi Ra’hel était stérile : la naissance issue du niveau de la parole implique une révélation dans les Mondes de Béria, Yetsira et Assiya ; or il est impossible qu’il y ait naissance et révélation en Béria, Yetsira et Assiya, puisque les êtres créés se sentent séparés, et que le niveau de la blancheur supérieure mentionné plus haut ne peut leur être révélé.
Cela explique pourquoi Ra’hel était stérile. Pour que la parole « donne naissance », il faudrait que la divinité se révèle dans les mondes inférieurs de Béria, Yetsira et Assiya, où les êtres créés se sentent séparés de D.ieu. De tels êtres ne peuvent recevoir ouvertement la blancheur supérieure ; la naissance issue de Ra’hel était donc empêchée.
(ומש״ל דרחל נק׳ עלמא דאתגלייא מ״מ להיות הגילוי ע״ד בחי׳ לידה הוא קשה ביותר כו׳ ויש חילוק גדול בין שארי השפעות לבחי׳ לידה שהוא גילוי עליון יותר ועמ״ש בזוהר פ׳ פנחס דרמ״ט)4
(Quant à ce qui a été dit plus haut, que Ra’hel est appelée le monde révélé, néanmoins, pour que la révélation se fasse selon le mode de la naissance, cela est extrêmement difficile, etc. Il existe une grande différence entre les autres formes d’influence et le niveau de la naissance, qui est une révélation plus élevée. Voir ce qui est écrit dans le Zohar, paracha Pin’has, p. 249.)
L’Alter Rebbe anticipe une objection : Ra’hel est le « monde révélé » ; pourquoi ne peut-elle donc pas révéler ? Parce que la naissance n’est pas un flux ordinaire d’influence : elle fait émerger quelque chose de l’essence cachée du parent, ce qui constitue une révélation d’un ordre bien supérieur. Or une telle révélation est extrêmement difficile dans les mondes inférieurs. Il renvoie au Zohar sur Pin’has, p. 249, pour cette distinction.
אבל לאה שהיא המחשבה ילדה ששה בנים שהם הספי׳ שבאצי׳5 עצמו ששם היה שרש השבטים
Mais Léa, qui est la pensée, donna naissance à six fils, qui sont les Séfirot d’Atsilout même ; c’est là que se trouvait la racine des tribus,
Léa, la pensée, donna effectivement naissance à six fils. Ses naissances eurent lieu au sein même d’Atsilout, parmi les Séfirot, les attributs divins, où rien ne vient entraver la révélation par un sentiment de séparation ; c’est là que les tribus prennent racine.
et c’est pourquoi elles sont appelées « les tribus de Yah ». Yehouda, « cette fois, je louerai », relève de l’annulation de soi (bitoul) et de la reconnaissance ; ce niveau découle et se ramifie précisément de la pensée.
Parce que les tribus sont enracinées en Atsilout, le psalmiste les appelle « les tribus de Yah », un Nom divin. Léa nomma Yehouda d’après « je louerai » (odé) ; la reconnaissance est une forme d’annulation de soi, et cette soumission à D.ieu découle de la pensée, de la contemplation, et non de la parole.
וכן ראובן ושמעון ראיה ושמיעה הוא ג״כ למעלה מבחי׳ הדבור אלא מן המחשבה הן נמשכים כו׳
De même, Reouven et Chim’on — la vision et l’ouïe — sont eux aussi au-dessus du niveau de la parole ; ils découlent plutôt de la pensée, etc.
Le nom de Reouven vient de « voir » (re’ou), celui de Chim’on de « entendre » (chama). La vision et l’ouïe sont également au-dessus de la parole : elles reçoivent au lieu d’exprimer et proviennent de la pensée.
(comme cela est expliqué ailleurs à propos de « Yehouda, toi », etc.). De même, Lévi, qui est le niveau de l’attachement, comme il est écrit : « Cette fois, [mon mari] s’attachera à moi », etc.,
L’Alter Rebbe renvoie à son explication de la bénédiction de Yaakov : « Yehouda, toi, tes frères te loueront. » Le nom Lévi vient de « s’attacher » (yilavé) : « Cette fois, mon mari s’attachera à moi. » Lévi représente ainsi l’attachement (hitkachrout), un lien profond de l’esprit.
נמשך ונולד ג״כ מן המחשבה כנראה בחוש במי שהוא בעל מחשבה שאינו מרגיש כלל בעסקים החולפים לפניו מחמת גודל התקשרות שיש לו בהמחשבה.
découle lui aussi de la pensée et en naît, comme on peut le constater chez une personne portée à la réflexion : elle ne remarque absolument pas les affaires qui se déroulent devant elle, tant son attachement à sa pensée est profond.
L’attachement aussi provient de la pensée. On le constate aisément chez une personne profondément absorbée dans ses réflexions : elle ne remarque pas ce qui se passe autour d’elle, car son esprit est entièrement lié à son idée.
comme le rapporte le Midrach dans l’histoire de Rabbi ‘Hiya Rabba. De même, à propos de Rava (dans le chapitre « Rabbi Akiva dit »), qui méditait son étude, etc.
Deux récits l’illustrent. Le Talmud de Jérusalem relate l’histoire de Rabbi ‘Hiya Rabba, et le Talmud de Babylone raconte que Rava était si absorbé dans son étude qu’il ne remarquait pas que ses doigts saignaient. Tous deux montrent un esprit si attaché à sa pensée que le monde extérieur disparaît.
ולכן יצא ממנו משה14 שהיה כבד פה וכבד לשון15 דהיינו שלגודל התקשרותו בבחי׳ בטול16 ונחנו מה17 לא היה יכול להיות משפיע כו׳
C’est pourquoi Moché descendit de lui ; il avait « la bouche lourde et la langue lourde » : en raison de la profondeur de son attachement au niveau de l’annulation de soi, « et que sommes-nous ? », il ne pouvait être celui qui transmet, etc.,
Voilà pourquoi Moché descend de Lévi. Moché disait avoir « la bouche lourde et la langue lourde » : son attachement à D.ieu et son annulation de soi, exprimée dans ses mots « et que sommes-nous ? », étaient si profonds qu’il lui était difficile de se tourner vers l’extérieur pour parler et donner aux autres.
שהיא בחי׳ הדבור כו׳ ועיקר ההפרש בין התקשרות דלוי שהוא בחי׳ בטול ובין הודיה דיהודה שהוא ג״כ בחי׳ בטול הוא
car cela relève du niveau de la parole, etc. La différence essentielle entre l’attachement de Lévi, qui relève de l’annulation de soi, et la reconnaissance de Yehouda, qui relève elle aussi de l’annulation de soi, est la suivante :
Transmettre aux autres relève du niveau de la parole, ce que l’intériorité de Moché rendait difficile. L’Alter Rebbe demande maintenant ce qui distingue l’attachement de Lévi de la reconnaissance de Yehouda, puisque tous deux sont des formes d’annulation de soi.
כי יהודה הוא בחי׳ הבטול בגילוי כענין מודים שכורע ומשתחוה ולכן יצאו ממנו מלכי בית דוד שבטולם הוא בחי׳ הבטול שבהתגלות וחיצוניות.
Yehouda est l’annulation de soi sous une forme révélée, comme dans [la bénédiction de] Modim, où l’on s’incline et se prosterne ; c’est pourquoi les rois de la maison de David descendirent de lui : leur annulation de soi est celle qui s’exprime dans la révélation et dans la dimension extérieure ('hitsoniyout).
L’annulation de soi de Yehouda est visible et extérieure, comme l’inclination lors de Modim, la bénédiction de reconnaissance dans la Amida, où l’on courbe le corps. Les rois de la maison de David, qui descendent de Yehouda, incarnent ainsi une annulation de soi qui se manifeste extérieurement : la royauté exprime ouvertement la soumission à D.ieu.
אבל לוי שהוא בחי׳ ההתקשרות והבטול בפנימיותו ועצמותו הגם שבחיצוניות אינו נגלה כלל וכענין בטול דצבא השמים לך משתחוים18 שההשתחואה של המלאכים אינו ענין השתחואה גשמיות אלא שמשתחוה19 ובטל בהשגתו ברוחניות
Mais Lévi est le niveau de l’attachement et de l’annulation de soi dans sa dimension intérieure (pnimiyout) et son essence, bien que cela ne se révèle nullement à l’extérieur. Cela ressemble à l’annulation de soi exprimée par « l’armée du ciel se prosterne devant Toi » : la prosternation des anges n’est pas une inclination physique ; ils s’inclinent et s’annulent dans leur perception, de manière spirituelle.
L’annulation de soi de Lévi est intérieure et essentielle, et ne se voit pas. Elle ressemble à celle des anges, dont il est dit que « l’armée du ciel se prosterne devant Toi » : les anges n’ont pas de corps avec lequel s’incliner ; leur prosternation est l’annulation de leur être dans l’acte même où ils appréhendent D.ieu.
ולכן יצא ממנו משה (ועמ״ש במ״א ההפרש בין משה ואליהו שהוא גם כן עד״ז) ואח״כ ותעמוד מלדת שלא היה יכול להיות בחי׳ גילוי עוד.
C’est pourquoi Moché descendit de lui (voir ce qui est expliqué ailleurs sur la différence entre Moché et Eliyahou, qui relève également de cette idée). Puis « elle cessa d’enfanter », car il ne pouvait plus y avoir de niveau de révélation.
Moché, le plus intérieur de tous, descend donc de Lévi ; l’Alter Rebbe relève que la différence entre Moché et Eliyahou suit le même modèle. Après quatre fils, Léa « cessa d’enfanter » : la révélation que la pensée peut produire avait atteint sa limite.
(ועמ״ש ע״פ טובה הארץ מאד מאד2021 דענין דור המדבר שהיה מבחי׳ לאה עולם המחשבה וטענו למה צריכים לירד בבחי׳ עולם הדבור שהוא בחי׳ מל׳ ארץ תתאה לקיים המצות בדבור ובמעשה הלא זה אפשר לקיים גם ע״י התומ״צ ברוחניות
(Voir ce qui est expliqué à propos de « Le pays est très, très bon » : la génération du désert relevait du niveau de Léa, le monde de la pensée, et soutenait : pourquoi devons-nous descendre au niveau du monde de la parole, qui est celui de Mal’hout (souveraineté), la terre inférieure, pour accomplir les mitsvot par la parole et l’action ? Ne peut-on pas aussi les accomplir par la Torah et les mitsvot dans leur dimension spirituelle,
Une longue parenthèse applique à présent cette idée à la génération du désert, enracinée en Léa, le monde de la pensée. Selon la présentation de l’Alter Rebbe, elle soutenait : pourquoi entrer dans le pays, la terre inférieure de Mal’hout, et accomplir les mitsvot par la parole et l’action physiques, alors que la Torah et les mitsvot peuvent être accomplies spirituellement, dans la pensée ?
דהיינו ע״י המחשבה כו׳ אך באמת היו בטעות גדול דע״י דבור ומעשה דוקא נמשך גילוי אוא״ס ב״ה ביתר שאת לאין קץ כי נעוץ סופן בתחלתן22 כו׳ ומרבע״ה התפלל תקט״ו תפלות23 ליכנס לארץ כו׳.
c’est-à-dire par la pensée, etc. ? En vérité, ils se trompaient lourdement, car c’est précisément par la parole et l’action qu’une révélation de la Lumière infinie (Or Ein Sof), béni soit-Il, est amenée avec une supériorité infiniment plus grande, car « leur fin est enchâssée dans leur commencement », etc. Moché Rabbénou, que la paix soit sur lui, pria cinq cent quinze fois pour entrer dans le pays, etc.
Ils se trompaient lourdement. C’est précisément la parole et l’action physiques qui font descendre la Lumière infinie avec une puissance bien supérieure, car, comme l’enseigne le Sefer Yetsira, « leur fin est enchâssée dans leur commencement » : le point le plus bas est lié au plus élevé. C’est pourquoi Moché Rabbénou, bien qu’il fût du type intérieur de Léa, pria 515 fois pour obtenir la permission d’entrer dans le pays.
ועפ״ז יובן עוד ענין ויאהב יעקב את רחל24 דוקא שהיא בחי׳ דבור ומעשה כי שנואה לאה ההפך מכוונת דור המדבר.
À la lumière de cela, on comprendra encore pourquoi « Yaakov aima » précisément Ra’hel, qui est le niveau de la parole et de l’action ; « car Léa était haïe » : c’est l’inverse de l’intention de la génération du désert.
Cela éclaire davantage l’amour de Yaakov pour Ra’hel précisément : elle représente la parole et l’action. Que Léa soit « haïe » s’oppose à la volonté de la génération du désert de rester dans le monde de la pensée.
ואמנם צריך ביאור מ״ש לאה הפעם ילוה אישי25 אלי דוקא דודאי לא עלה על דעתה לאפוקי מבחי׳ דבור ומעשה.
Il faut toutefois expliquer ce que Léa dit : « Cette fois, mon mari s’attachera à moi », précisément, car il ne lui serait certainement pas venu à l’esprit d’exclure le niveau de la parole et de l’action.
Cela soulève cependant une question au sujet de Léa. Lorsqu’elle dit : « Cette fois, mon mari s’attachera à moi », elle ne voulait certainement pas exclure la parole et l’action ; que désirait-elle donc ?
אלא הענין כי באמת צ״ל ב׳ הבחי׳ מודו״מ דהא בלא הא לא סגי ועמ״ש במ״א בענין לויתן26 ושור הבר שהוא ג״כ ענין ב׳ בחי׳ הנ״ל לויתן לשון התקשרות בחי׳ בטול דנוני ימא
L’explication est plutôt qu’en vérité les deux niveaux doivent être présents, la pensée et la parole et l’action, car l’un sans l’autre ne suffit pas. Voir ce qui est expliqué ailleurs au sujet du Léviathan et du bœuf sauvage, qui représentent eux aussi les deux niveaux mentionnés plus haut : le Léviathan, dont le nom exprime l’attachement, représente l’annulation de soi des poissons de la mer,
La réponse est que les deux niveaux sont nécessaires, la pensée et la parole et l’action ; aucun ne suffit à lui seul. Le festin futur du Léviathan et du bœuf sauvage représente ces deux niveaux : le Léviathan, dont le nom signifie aussi « attaché », représente les poissons de la mer, qui demeurent entièrement dans leur source et s’annulent devant elle.
כמו הפעם ילוה כו׳ ולאה רצתה שיהיה העיקר ע״י בחינה זו ע״ד שאמרו בחסידים הראשונים27 שהיו שוהין ט׳ שעות בכל יום בתפלה שהוא כענין בטול והתקשרות הנ״ל דמחשבה כו׳.
comme dans « Cette fois, [mon mari] s’attachera à moi », etc. Léa voulait que l’essentiel se fasse par ce niveau, à la manière des premiers pieux, dont il est dit qu’ils consacraient neuf heures par jour à la prière ; cela relève de l’annulation de soi et de l’attachement de la pensée mentionnés plus haut, etc.
Léa voulait que l’attachement intérieur soit l’essentiel, la parole et l’action restant secondaires. Cela ressemble aux premiers pieux dont le Talmud rapporte qu’ils consacraient neuf heures par jour à la prière, absorbés dans l’annulation de soi et l’attachement de l’esprit.
ואימתי תורתן נעשית אלא מתוך שחסידים הן כו׳ הרי רוב עסקם היה עד״ז )(ומבואר ענין זה לקמן בד״ה ששים המה מלכות28 כו׳ אחת היא יונתי29 כו׳)30
« Et quand leur Torah était-elle étudiée ? C’est parce qu’ils sont pieux », etc. : leur occupation consistait donc principalement en cela.) (Cette idée est expliquée plus loin dans le discours commençant par « Soixante reines », etc., « Ma colombe est unique », etc.)
Le Talmud demande à propos de ces pieux : « Quand étudiaient-ils la Torah ? » Il répond que, parce qu’ils étaient pieux, leur Torah était préservée et bénie. Dans tous les cas, leur occupation principale était l’attachement intérieur. L’Alter Rebbe ajoute que le discours sur « Soixante reines… Ma colombe est unique » développe cette idée.
ואמנם יעקב ידע שזה אי אפשר רק לבני עלייה שהן מועטים אבל כל ישראל עיקר רוב העסק הוא ע״י דבור ומעשה
Yaakov savait cependant que cette voie n’est possible que pour une élite, peu nombreuse ; mais, pour l’ensemble d’Israël, l’essentiel du service se fait par la parole et l’action.
Yaakov savait toutefois que cette voie n’est possible que pour quelques âmes d’élite. Pour le peuple juif dans son ensemble, l’essentiel du service passe par la parole et l’action : l’étude de la Torah et la pratique des mitsvot.
ולכן היה באהל רחל עיקר קביעותו שהוא בחי׳ דומ״ע ומ״מ צ״ל ג״כ מחשבה שמזה נמשך ראיה ושמיעה לאסתכלא ביקרא דמלכא כו׳
C’est pourquoi sa résidence principale se trouvait dans la tente de Ra’hel, qui relève de la parole et de l’action. Néanmoins, la pensée est également nécessaire, car c’est d’elle que découlent la vision et l’ouïe, « contempler la gloire du Roi », etc.
Yaakov fit donc de la tente de Ra’hel sa résidence principale. La pensée demeure toutefois nécessaire, car c’est d’elle que viennent la « vision et l’ouïe » (Reouven et Chim’on), la faculté que le Zohar décrit comme le fait de « contempler la gloire du Roi ».
וכל האומר אין לי אלא תורה31 כו׳ אלא צ״ל רו״ש רק כי אז נעוץ סופן כו׳:
Et « celui qui dit : “Je n’ai que la Torah” », etc. Il faut plutôt la vision et l’ouïe ; c’est alors seulement que « leur fin est enchâssée », etc.
Le Talmud dit que celui qui prétend n’avoir que l’étude de la Torah, sans actes, ne possède même pas la Torah. De même, les deux sont nécessaires : la vision et l’ouïe de la pensée, ainsi que l’action, car alors la fin est liée au commencement et l’acte le plus bas fait descendre la lumière la plus élevée.
Ce paragraphe explique pourquoi Ra’hel (la parole) était stérile tandis que Léa (la pensée) donnait naissance à des enfants au sein d’Atsilout, puis distingue les fils de Léa : l’annulation de soi extérieure de Yehouda, l’attachement intérieur de Lévi et Moché, descendant de Lévi. Il s’appuie ensuite sur la génération du désert pour montrer pourquoi Yaakov choisit Ra’hel : l’action fait descendre la lumière la plus élevée, mais la pensée doit l’accompagner.
Le contraste entre Yehouda et Lévi, entre l’annulation de soi extérieure et intérieure, sous-tend la distinction ‘hassidique entre la royauté de David et la prêtrise et la prophétie de Lévi et de Moché. L’argument des explorateurs est présenté dans Likkutei Torah sur Chelah, où l’Alter Rebbe les décrit comme enracinés dans le monde de la pensée, plutôt que comme simplement pécheurs. Le principe « leur fin est enchâssée dans leur commencement » signifie que le niveau le plus bas, l’action physique, atteint la racine la plus élevée ; cette idée revient dans tout l’enseignement de ‘Habad.
Maré mekomot
- 1וינשק לבניו ובנותיו · Genesis 32:1
- 2ויעקב הלך לדרכו · Genesis 32:2
- 3ולכן היתה רחל עקרה · Genesis 29:31
- 4(ומש״ל דרחל . . פנחס דרמ״ט) · ראה אוה״ת כאן ריז, ב שמבאר ”כי הלידה הוא בחי׳ גילוי ההעלם כמו שהוא בעצמותו, וא״א להיות האצי׳ כמו שהוא נמשך בבריאה, ולכן היתה מקשה ללדת”. ע״ש.
- 5שהם הספי׳ שבאצי׳ · ל״ת להאריז״ל פ׳ ויצא.
- 6שבטי יה · Psalms 122:4
- 7יהודה הפעם אודה · Genesis 29:35
- 8כמ״ש במ״א ע״פ יהודה אתה · לקמן ר״פ ויגש.
- 9ע״פ יהודה אתה · Genesis 49:8
- 10הפעם ילוה · Genesis 29:34
- 11וכמ״ש במדרש בעובדא דר׳ חייא רבה · ראה ירושלמי כלאים פ״ט ה״ג.
- 12וכמ״ש במדרש בעובדא דר׳ חייא רבה · Jerusalem Talmud Kilayim 9:3
- 13וכן גבי רבא (בפ׳ אר״ע) · Shabbat 88a
- 14ולכן יצא ממנו משה · בלקו״ת צו ח, ג מציין לכאן וציין גם לזח״ב יא, ב.
- 15כבד פה וכבד לשון · Exodus 4:10
- 16שלגודל התקשרותו בבחי׳ בטול · ראה לקו״ת עקב יד, ב. סידור קי, ב. אוה״ת ויצא רו, א. ביאוה״ז להצ״צ ע׳ תמז.
- 17ונחנו מה · Exodus 16:7
- 18צבא השמים לך משתחוים · Nehemiah 9:6
- 19דצבא השמים . . אינו ענין השתחואה גשמיות אלא שמשתחוה · בגוכי״ק הצ״צ [וכ״ה באוה״ת בשלח ע׳ שנה שמציין לכאן]: דצבא השמים לך משתחוים שאינו ענין השתחואה גשמית שהרי מיכאל מהלך ת״ק שנה היה כופף הרקיע כו׳: אלא שמשתחוה. ע״כ. בסה״מ תרס״ט ע׳ קכו מציין לכאן.
- 20ע״פ טובה הארץ מאד מאד · לקו״ת שלח לח, ב. ושם מציין לכאן.
- 21טובה הארץ מאד מאד · Numbers 14:7
- 22נעוץ סופן בתחלתן · Sefer Yetzirah 1:7
- 23ומרבע״ה התפלל תקט״ו תפלות · Devarim Rabbah 11:6
- 24ויאהב יעקב את רחל · Genesis 29:18
- 25וגם לוי . . הפעם ילוה אישי · בלקו״ת שמיני יח, ג. נשא כא, ד מציין לכאן.
- 26ועמ״ש במ״א בענין לויתן · ראה לקו״ת שמיני יח, ב.
- 27בחסידים הראשונים · Berakhot 32b:20–22
- 28ששים המה מלכות · Song of Songs 6:8
- 29אחת היא יונתי · Song of Songs 6:9
- 30(ומבואר . . יונתי כו׳) · כל המוסגר ליתא בגוכתי״ק הצ״צ.
- 31וכל האומר אין לי אלא תורה · Yevamot 109b:4–5
Maamar terminé ?
Marquez-le comme étudié ; il compte pour la semaine et pour le siyoum de l’année.
Dans la avoda
On peut être attiré par un service purement intérieur, fait de contemplation et d’attachement ; mais, pour la plupart d’entre nous, le service essentiel consiste à étudier la Torah à voix haute et à accomplir les mitsvot par l’action, car c’est précisément ainsi que la Lumière infinie se révèle le plus pleinement. L’action ne doit toutefois pas être vide : la pensée, la « vision et l’ouïe » de l’esprit, doit l’accompagner, tout comme Yaakov vivait dans la tente de Rachel tout en aimant Leah.
Questions à discuter
- Pourquoi le niveau de Leah, la pensée, est-il supérieur à celui de Rachel, la parole, alors que Yaakov aimait davantage Rachel ?
- Comment la Terre d’Israël, après la destruction, peut-elle offrir des perceptions plus élevées qu’à l’époque du Temple, alors que la divinité y est moins révélée ?
- Quelle est la différence entre l’annulation de soi de Yehouda et celle de Levi, et pourquoi les rois sont-ils issus de l’un et Moché de l’autre ?
- Quelle était l’erreur de la génération du désert, et comment le principe selon lequel « leur fin est inscrite dans leur commencement » y répond-il ?
- Que désirait Leah lorsqu’elle dit : « Cette fois, mon mari sera attaché à moi », et comment le choix de Yaakov équilibre-t-il la pensée avec la parole et l’action ?